Formation d’un gouvernement d’union nationale: Les charognards de la politique appâtés

Le tandem Kengo –Minaku s’affaire pour que les concertations nationales aient lieu. Malgré les réticences prononcées de l’UNC de Vital Kamerhe et de l’Udps/Tshisekedi, il devient évident que ce forum se tiendra quelle qu’en soit la forme ou la dénomination. Concertations nationales ou dialogue national, les opposants, du moins certains d’entre eux, ont déjà mordu à l’hameçon. Ils vont participer à ces assises, même si leurs revendications ne sont pas toutes satisfaites.

L’UNC de Vital Kamerhe tient mordicus à obtenir de la majorité actuelle au pouvoir l’engagement qu’aucune modification des dispositions verrouillées de la constitution ne sera réalisée, notamment s’agissant de la durée et du nombre de mandats du président de la République. Le parti de celui qui est arrivé officiellement troisième lors de la présidentielle de novembre 2011 en fait une exigence fondamentale, quitte à boycotter ces assises. Quant au parti d’Etienne Tshisekedi, il n’envisage même pas d’y prendre part, même si des députés élus sous sa bannière mais boutés dehors depuis, ne s’y opposent pas. Le MLC de Jean-Pierre Bemba a, pour sa part, une position évolutive au fil des jours. Reçu lundi dernier par le présidium, Thomas Luhaka, le secrétaire général de ce parti, n’a pas écarté la participation du MLC aux concertations nationales si les préalables posés par l’opposition sont rencontrés. Kengo wa Dondo co-président du présidium affirme, lui, que lesdits préalables ont été satisfaits dans la mesure où un comité préparatoire regroupant les partis de la majorité, ceux de l’opposition ainsi que les délégués de la société civile, sera mis en place. Si l’on y ajoute la bonne disposition du président Denis Sassou Nguesso à accompagner les acteurs politiques congolais dans cette démarche, rien ne s’oppose à la tenue des concertations nationales.

Un appât juteux

De nombreux opposants sont par ailleurs appâtés par les déclarations de Léon Kengo wa Dondo qui a publiquement annoncé la formation d’un « gouvernement d’union nationale » comme un des objectifs ultimes des concertations nationales. On peut ne pas aimer la franchise qui caractérise le président du sénat, mais force est de reconnaître que cette déclaration n’est pas passée inaperçue. De nombreux opposants ou ceux considérés comme tels l’ont qualifiée de manœuvre visant à débaucher des opposants en leur faisant miroiter des postes ministériels. Le député national Jean-Claude Vuemba, président national du MPCR, a multiplié des déclarations dans la presse dans lesquelles il met en garde les opposants contre la tentation de tomber dans le piège de la majorité présidentielle. Reçu dernièrement par le ministre des Postes et Nouvelles technologies de l’information et de la communication, Tryphon Kin-Kiey, Franck Diongo, un autre député national de l’opposition, a fait savoir qu’il ne participerait pas aux concertations, estimant que l’opposition devrait laisser la majorité actuelle diriger le pays jusqu’aux prochaines élections.

Si Jean-Claude Vuemba et Franck Diongo sont nettement opposés à toute idée de gouvernement d‘union nationale dans lequel se retrouveraient des opposants, beaucoup dans la même opposition seraient prêts à franchir le Rubicon. Des années de galère loin des cercles de gestion de la res publica ont entamé le peu de magot mis de côté. Un gouvernement d’union nationale leur permettrait, sans coup férir, de rebondir sur la scène politique. C’est ainsi que des partis ayant cessé de fonctionner effectivement, hormis leurs sièges dégarnis de militants depuis belle lurette, ont refait surface. Un cartel dit des partis signataires de l’accord global et inclusif de Sun City a même vu le jour. A sa tête : Arthur Z’Ahidi Ngoma, un des anciens vice-présidents de la formule 1+4. Ce cartel s’illustre par de nombreuses réunions et déclarations se rapportant toutes aux concertations nationales. Azarias Ruberwa, président du RCD et un des anciens vice-présidents de la transition 1+4, a lui aussi refait surface. Il est sur tous les fronts, même si son parti n’est plus que l’ombre de lui-même.

La société civile ne manque pas, elle aussi dans sa diversité, d’apporter son grain à moudre dans la machine. Là aussi, les dissensions sont vives. Des groupes se sont créés pour mieux se positionner. Personne n’entend rater l’occasion. Si dans le mouvement associatif, on se montre peu bavard vis-à-vis des déclarations de Léon Kengo sur la formation d’un gouvernement d’union nationale, personne n’est dupe. La politique est une chose trop sérieuse que même les acteurs de la société civile n’envisagent pas de laisser les politiciens seuls gérer le pays.

Dans cette galerie de portraits, il y a également la diaspora qui manifeste son mécontentement, s’estimant oubliée comme composante des concertations. Les chefs coutumiers, eux, ne se posent même pas la question. Leur très médiatique secrétaire général, Mfumu Difima ne rate aucune occasion de rappeler que l’ordonnance présidentielle portant création et organisation des concertations nationales reconnaît l’autorité coutumière comme composante à part entière du forum projeté.

Quel silence !

Alors que toute la classe politique et la société civile s’étripent sur la dénomination la meilleure des assises et leur finalité, aucune déclaration n’a été entendue jusque là de la part du premier ministre en fonction, lui pourtant dont le siège est plus que convoité par les opposants. A en croire Léon Kengo, les jours de Matata Ponyo à la primature seraient comptés. Difficile de s’imaginer cela alors même que de nombreux observateurs avertis et impartiaux reconnaissent en l’homme des états de service somme toutes positifs. Qu’est-ce qui se cache derrière cette apparente sérénité si l’on peut considérer qu’il s’agit là de sérénité. Est-ce une sorte de découragement, un défaitisme, une sensation indéfinissable d’être le dindon d’une grande farce ? On ne saurait le dire. Toujours est-il que dans de nombreux cercles politiques, beaucoup regrettent déjà le départ de celui qui trône actuellement à la primature, mais dont les méthodes de gestion rigoureuse irritent parfois ses propres alliés de la majorité. Certains ne verraient pas d’un mauvais œil son départ, quitte à faire partie d’un gouvernement même dirigé par un opposant.

Le sacrifice d’un technocrate bourré de talents serait le moindre mal pour sauver, semble-t-il la nation de l’inanition. Un gouvernement d’union nationale ouvrirait la voie à tous les scénarios possibles avec en toile de fond les échéances de 2016. La requalification de la majorité serait, selon de nombreux analystes, prétexte à faire croire à l’opinion que le deuxième et dernier mandat du président de la République n’est pas allé à son terme et que la période ainsi ouverte serait une sorte de transition politique ayant brusquement mis fin à ce mandat. La possibilité serait naturellement donnée à l’actuel occupant du poste de se représenter lors des prochaines élections. Le tour serait joué même sans modification des dispositions verrouillées de la constitution.

Véritable prospective politique ou simple spéculation d’intellectuel, ce scénario ne pourra se réaliser sans casse. Il serait envisagé la dissolution des assemblées provinciales et du sénat ainsi que la nomination de nouveaux gouverneurs sur une base équitable et équilibrée ou tout au moins le chambardement des gouvernements provinciaux pour faire la place à la nouvelle majorité créée artificiellement par les concertations nationales. D’autres pencheraient plutôt pour une transition sans gouvernements provinciaux, mais des gouverneurs de province secondés par au moins trois vice-gouverneurs. Ouf ! Attendons voir.

Franck Baku

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