François Hollande refuse de dormir à Kinshasa

A moins d’un changement de dernière minute, le programme de François Hollande à Kinshasa dans le cadre du XIVème sommet de la francophonie sera plutôt light, même si de nombreuses demandes de rencontres bilatérales se négocient actuellement. Arrivée à Kinshasa tard dans la nuit du 12 au 13 octobre via Dakar où il passera tout de même une nuit, le président français devrait répartir sur Paris dans la nuit. Bien qu’il assistera à l’ouverture du sommet prévu le samedi 13 octobre au Palais du peuple, il ne sera pas là pour la clôture, qui interviendra le dimanche 14 octobre. On appelle cela faire du service minimum ou passer comme une étoile filante.
Tout donne à penser que c’est à contrecœur que François Hollande a accepté de venir à Kinshasa pour le sommet de la francophonie, comme s’il avait du mal à s’imaginer en train de fouler le sol d’un pays qui ne le mérite pas. C’est du reste au pas de charge qu’il mènera ses activités dans la capitale congolaise. Une entrevue avec Joseph Kabila d’une heure et demie, puis un discours de 7 minutes à l’ouverture du sommet de la francophonie, une rencontre avec les membres de la société civile et une autre avec des opposants dont Etienne Tshisekedi. Puis…plus rien ou plutôt départ pour Paris avant même la clôture du sommet d’une organisation vouée entre autres à la promotion de la langue française. C’est à ne rien comprendre de cette attitude que certains qualifieraient de « méprisante » envers un pays qui aura tout de même consacré des millions pour abriter le sommet de la francophonie.
Kinshasa ne serait donc pas suffisamment digne pour offrir un lieu de repos au président français, pourrait-on se demander. Sur ce point, François Hollande se comporte comme Nicolas Sarkozy en 2009. Le président français d’alors avait préféré aller passer la nuit à Brazzaville plutôt qu’à Kinshasa après son discours devant le congrès réuni au Palais du peuple. Trois ans après, son successeur à l’Elysée n’entend pas innover. Pour montrer qu’il préfère célébrer un pays où l’alternance démocratique se fait sans heurt, il consacre 24 heures au Sénégal avec un discours prévu à l’assemblée nationale, sans doute pour effacer les traces d’un autre discours, celui de Nicolas Sarkozy en 2007 où il fut malencontreusement affirmé que l’homme africain ne serait pas suffisamment entré dans l’histoire.
Le pied de nez de François Hollande à Joseph Kabila est tout de même assez révélateur du niveau de considération dont jouit le président congolais à l’Elysée. Certes, il accepte de venir à Kinshasa, mais il fait tout pour ne pas donner de son déplacement une prime à la démocratie congolaise en construction. S’il y avait une prime en ce sens à accorder à un pays africain, c’est au Sénégal qu’elle serait offerte. Pas à la RDCongo. Les élections de novembre 2011 n’y ont pas été à l’abri de tout soupçon et même Joseph Kabila l’a reconnu.
Des aménagements doivent être opérés pour éviter que les prochaines élections, les provinciales notamment, ne soient entachées d’irrégularités. L’Union européenne dont la France est un des leaders y tient. On s’y attèle au parlement avec la révision de la loi organique portant attributions et composition de la Commission électorale nationale indépendante. Même si les violons sont loin de s’accorder entre parlementaires de l’ »opposition et de la majorité sur des options fondamentales notamment le nombre des organes de la CENI (bureau et assemblée plénière), le nombre de membres du bureau et la représentation des trois composantes (opposition, majorité, société civile), on y parviendra. Absolument. Même si certains auraient voulu faire de ce problème interne au pays, une préoccupation à mettre sur la table pour la venue de François Hollande au XIVème sommet de la francophonie.
Pour tout dire, si François Hollande ne modifie pas son emploi du temps à Kinshasa, les blessures risquent d’être profondes. Demain, ce ne sont pas seulement le Gabon et le Burundi qui vont s’engager résolument vers l’anglais et le Commonwealth, mais bien plus que ça. La France qui ne se soucie pas des résolutions qui seront issues du XIVème sommet de la francophonie, c’est bien une indication que le président de la France ne s’intéresse pas à ces choses, à moins que l’on dise que la francophonie n’est qu’un machin.
Franck Baku

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