Enseignants gloutons

Un mois après la rentrée scolaire, c’est déjà l’effervescence dans le monde de l’enseignement. Cette semaine, les « mangeurs de craie » ont sorti la grande artillerie pour faire entendre leurs revendications au gouvernement. Après une sorte de sit-in à la primature, leur intersyndicale a emboîté le pas. Les sempiternelles préoccupations non résolues sont ressorties. L’on a ainsi appris que l’enseignant congolais serait le moins bien payé en Afrique avec l’équivalent de 2,5 $US par jour. Si tous les observateurs reconnaissent que ce salaire est plus que ridicule, certains n’hésitent plus à condamner l’attitude gloutonne des enseignants de certaines écoles dites grandes. Alors que l’on prône la gratuité de l’enseignement primaire et la fin de la pratique de prise en charge des enseignants par les parents, c’est à la course aux primes faramineuses que l’on assiste. Dans certaines écoles dites « grandes », la prime mensuelle payée grâce à la contribution des parents avoisine les 200 $US.
Conséquence : il ; faut presser les parents comme des citrons. D’où, de nombreux enfants sont renvoyés, faute d’avoir payé la totalité des frais scolaires fixés pourtant pour tout un trimestre. Au lieu d’attendre le mois de novembre pour effectuer un contrôle sur le paiement desdits frais scolaires, les responsables des écoles chassent les enfants des classes afin de contraindre les parents à payer hic et nunc. Pire, les frais ainsi payés ne constituent curieusement qu’un acompte. Les responsables des écoles tant publiques, conventionnées que privées agréées, attendent réajuster ces frais à la hausse à la faveur des assemblées convoquées avec les parents d’élèves. Astucieux, des responsables d’écoles soudoient quelques parents membres du comité afin de convaincre les autres d’accepter les augmentations proposées, question semble-t-il de garantir la qualité des enseignements dans lesdits établissements considérés comme « grands ».
Certes, le ministre de l’EPSP a sanctionné quelques directeurs et préfets des établissements scolaires qui se sont illustrés de façon coupable dans l’exagération des frais scolaires, mais il semble que ce sont les faibles qui en ont pâti le plus. Les autres, ceux qui ont des appuis en haut lieu, continuent à traire les parents, qui n’ont que leurs yeux pour pleurer. Ceux qui ne peuvent suivre le rythme sont appelés à orienter leurs enfants dans des établissements où l’on considère la qualité de l’enseignement pas très élevé.
Cette situation crée un enseignement à double vitesse. L’un réservé à la plèbe et l’autre aux enfants des riches, capables de débourser chaque trimestre un minimum de 150 à 450 $US alors même que très peu de Congolais ont un salaire mensuel au-delà de 1 million de francs congolais. Comment font alors les parents qui s’acquittent tout de même des frais aussi exorbitants fixés dans les écoles ? On ne le sait pas. Mais si l’on suit mon regard, on comprendra pourquoi les caisses de l’Etat ne reçoivent qu’un faible pourcentage des sommes pouvant être effectivement mobilisées.
Franck Baku

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