L’Union africaine se fourvoie avec l’accord du 23 mars 2009

On s’achemine inexorablement vers la recherche d’une solution « politique » à la rébellion qui endeuille la partie Est de la RDC depuis près de cinq mois. Après le conseil de sécurité de l’Onu la semaine dernière, c’est au tour du conseil de sécurité et de paix de l’Union africaine de s’y résoudre. Dans un communiqué rendu public le 19 septembre dernier, cet organe de l’UA manie le bâton et la carotte, tente insidieusement de ne pas trop charger le Rwanda et proclame sa foi en la nécessité de l’application de l’accord de paix conclu le 23 mars 2009 entre le gouvernement congolais et l’ex-CNDP, mué depuis en parti politique.
Les termes du communiqué de l’Union africaine sont un exemple patent de recherche du consensus, quitte à fâcher un peu la RDC. En effet, tout en condamnant l’action du M23 et de toutes les autres forces négatives qui se trouvent à l’Est de la République Démocratique du Congo, le conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine « souligne la nécessité des efforts soutenus pour éradiquer la présence des Forces négatives à l’Est de la République Démocratique du Congo, de restaurer effectivement l’autorité de l’Etat et de promouvoir durablement la paix, la sécurité et la stabilité dans cette région ; y compris la mise en œuvre effective de l’accord de Goma du 23 mars 2009 entre le gouvernement de la République Démocratique du Congo et le Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) ».
L’organe de paix et de sécurité de l’AU suggère « une évaluation exhaustive des progrès accomplis dans la mise en œuvre des recommandations des anciens envoyés spéciaux de la Conférence internationale de la Région des Grands Lacs, de l’Union Africaine et des Nations Unies, des anciens présidents Benjamin Mkapa et Olusegun Obasanjo, en vue de permettre au pays de la Région de décider de la voie à suivre ».
Au jour d’aujourd’hui, on ne voit vraiment pas à quoi pourrait servir cette évaluation qui remettrait en selle l’ex-CNDP dans sa conception politico-militaire alors que ce mouvement est devenu, suivant une des clauses de l’accord de paix du 23 mars 2009, un parti politique du reste membre de la Majorité présidentielle.
Toutefois, quand on scrute les divers points de l’accord du 23 mars 2009, on se rend compte que certaines clauses méritent effectivement une évaluation, notamment le point 6 relatif au retour des réfugiés et des déplacés internes, dont la réalisation semble très limitée.

Des pièges
D’autres points méritent un examen approfondi quant à leur quintessence et leur finalité. C’est notamment le cas du point 5 relatif à la résolution des conflits locaux. Ce point prône la mise en place de « Comités locaux permanents de conciliation, relevant de l’autorité civile locale et composés notamment des sages locaux, hommes et femmes, pour pallier la carence en matière de prévention et de résolution extra judiciaire de conflits ». Si cela peut être considéré comme un point positif dans l’optique d’une cohabitation pacifique des communautés, le point 5 parle aussi de la création d’une « police de proximité ».

Il faut se livrer à une véritable exégèse pour comprendre le point 5.4 qui stipule : « Sans être constituée sur une base ethnique ou communautaire, la police de proximité veillera, dans le déploiement de ses unités sur le terrain, à ce que la composition de celles-ci reflète la diversité sociale locale ». Le point 5.5 n’est pas non plus sans arrière-pensée puisqu’il y est écrit: « En attendant la mise en place de la police de proximité, et afin d’assurer la sécurité des réfugiés et personnes déplacées rentrant dans leur milieux, les parties conviennent de la mise en place, par le Gouvernement, d’une unité de police spéciale issue du processus d’intégration des éléments de la police du CNDP au sein de la Police Nationale Congolaise. Cette unité sera formée et équipée conformément aux exigences de maintien de l’ordre au niveau local ». Plus que jamais, on se trouve là dans des visées identitaires. Les éléments de l’ex-CNDP estiment qu’ils sont les seuls à même de protéger le mieux possible les citoyens congolais proches ethniquement d’eux, appelées « rwandophones ».

Cette conception du rôle des forces de l’ordre et même de l’armée est une constante dans le cheminement des mouvements rebelles opérant dans l’Est de la RDC et soutenus par le Rwanda. S’il est vrai qu’elle peut être prise en compte sur une courte période au sortir d’un conflit militaire, il faut tout de même reconnaître que l’Union africaine serait, dans ce cas, mal inspirée pour soutenir des revendications identitaires et sectaires. On sait en effet que l’une des causes apparentes de la présente guerre au Nord- Kivu est le refus des éléments ex-CNDP intégrés dans les FARDC d’être déployés dans d’autres provinces du pays que les Kivu. Que deviendrez l’armée nationale si soldats Bakongo n’acceptaient de travailler que dans le Bas-Congo, que les Kasaïens exigeaient de n’être déployés que dans le Kasaï, que les Ituriens refusaient d’aller ailleurs que dans l’Ituri…Ce serait la fin de l’armée voulue pourtant nationale dans sa composition et républicaine dans son opérationnalisation.

Points perdus

Le glissement qui transparaît dans le communiqué de l’UA doit interpeller le gouvernement congolais. Même si l’UA apporte son appui aux efforts visant au déploiement de la force internationale neutre, force est de constater que la RDC perd des points sur le plan diplomatique. Tout porte à croire que les instances africaines et internationales et ce malgré les rapports accablants de l’Onu et des ONG internationales de bonne réputation, tentent de ne pas trop charger le Rwanda. Même si personne n’est dupe face aux dénégations maintes fois répétées de Kigali sur son implication dans la guerre en cours au Nord-Kivu, on donne l’impression qu’il y a une ligne à ne pas franchir.

Des observateurs avertis y voient un fléchissement qui trouve sa raison notamment dans la présence du pays des mille collines dans des opérations de maintien de la paix en Afrique. On rappelle à ce sujet que le Rwanda a mis ses policiers et soldats à la disposition d’un certain nombre de missions, notamment la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS), l’opération hybride Union africaine – Nations Unies au Darfour (MINUAD) et la Mission préparatoire des Nations Unies au Soudan (MINUS) dont le mandat a pris fin le 9 juillet 2011.

Ce sont là des indicateurs à prendre en compte et qui devraient motiver la RDC à rester active sur le plan international pour ne pas tomber dans la banalisation de la crise. Certes, l’ONU et l’UA restent fermes dans leur condamnation de la rébellion du M23, mais il y a un glissement qui tend de plus en plus à considérer ce problème comme congolo-congolais et donc à minimiser le rôle qu’y joue le Rwanda dont le soutien au M23 est pourtant de notoriété publique. Le M23 n’aurait pu tenir tête aussi longtemps à l’armée nationale s’il ne disposait pas d’une base arrière dans un pays déterminé et s’il n’avait pas des facilités de s’approvisionner en armes et munitions via ce même pays. Croire qu’une simple solution politique permettrait de mettre fin à la belligérance serait utopique. On soignerait la fièvre qui n’est qu’un symptôme sans toutefois s’attaquer au vrai mal.
Franck Baku

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