Le M23 se forge malicieusement une « républiquette » à Rutshuru

On le savait depuis fort longtemps, mais personne n’y avait vraiment prêté attention, estimant que les rebelles du M23 n’étaient que des aventuriers. Aujourd’hui que le secrétaire général adjoint des Nations Unies chargé des opérations de maintien de la paix le dit, cela prend une nouvelle dimension. La rébellion du M23 s’installe dans une dangereuse posture dans le territoire de Rutshuru qu’elle contrôle avec le soutien du Rwanda. Pire, elle a installé une administration parallèle. Des autorités territoriales civiles et militaires ont également été nommées et installées. C’est une petite République en gestation avec collecte des taxes.
Alors qu’il rendait compte mardi 18 septembre dernier au conseil de sécurité de l’ONU de sa mission en RDC, au Rwanda et en Ouganda, Hervé Ladsus, s’est montré particulièrement irrité face à cette situation qu’il a qualifiée d’«inacceptable ». «Les éléments du M23 sont concentrés dans un coin à l’Est du Kivu, près des frontières du Rwanda et de l’Ouganda. C’est à Rutshuru. Et à partir de cette position ils ont entre temps mis en place une administration de facto qui contrôle la population, prélève des ‘taxes’ sur la circulation. Ce qui est inacceptable», a déclaré le diplomate onusien.

Cette déclaration du secrétaire général adjoint des Nations Unies chargé des opérations de maintien de la paix survient à quelques jours du sommet des chefs d’Etat de la région des Grands lacs que préside, le 27 septembre dernier à New-York en marge de l’assemblée générale des Nations Unies. Un sommet de plus, dirait-on après deux autres tenus à Kampala en Ouganda pour discuter du déploiement de la force internationale neutre devant sécuriser la frontière Rwanda-RDC et traquer, en principe et en principe seulement, les forces négatives. On ne sait si dans le glossaire des Nations Unies, le M23 est considéré comme force négative alors que les FDLR en font partie.

Si le déploiement de la force internationale neutre est officieusement repoussé dans trois mois au minimum et même aux calendes grecques selon des sources crédibles, on s’achemine de plus en plus vers la recherche d’une solution dite « politique ». outre la solution « diplomatique » et « militaire, la solution « politique » fait du reste partie des éventualités évoquées par le président de la République lui-même dans une interview accordée à la presse. L’opinion publique ne pouvait s’imaginer que la solution « politique » serait préférée à celle « militaire ». Cela est d’autant plus vrai que depuis près d’un mois et demi, le front militaire s’est stabilisé, les belligérants se contentant de consolider leurs positions sans qu’un seul coup de feu ne soit tiré. Il suffit pour ce faire de lire le compte-rendu du dernier conseil des ministres.

« Du rapport sur l’état du territoire présenté par le Ministre de l’Intérieur, il ressort que la situation sur toute l’étendue du territoire national est relativement calme, à l’exception de la partie du Nord-Kivu occupée par des forces négatives. Il est observé dans le territoire rural de Rutshuru dans cette province une accalmie sur la ligne de front qui sépare les unités FARDC et les forces d’agression qui continuent à y bivouaquer. Les assaillants persistent dans leurs exactions contre les paisibles populations civiles congolaises », peut-on lire dans ce compte-rendu. Le secrétaire général adjoint des Nations Unies chargé des opérations de maintien de la paix a abondé dans le même sens. « Il n’y a pas eu d’offensives militaires majeures au cours des cinq ou six dernières semaines » a-t-il dit, ajoutant qu’il fallait multiplier des efforts pour consolider le cessez-le-feu observé jusqu’ici sur le terrain des opérations. On ne sait pas quand ce fameux cessez-le-feu a été signé, à moins qu’il ne s’agisse d’un constat de cessations de facto des activités militaires guerrières.

On se satisfait du statu quo

Cela est on ne peut plus inquiétant, même si la situation paraît satisfaire des diplomates, dont le président actuel du conseil de sécurité de l’ONU. L’ambassadeur allemand Peter Wittig, qui préside le Conseil de sécurité, a en effet fait savoir que les membres du Conseil de sécurité sont d’accord pour considérer qu’une solution politique à la crise est une priorité absolue. «Je détecte une volonté de renforcer le dialogue politique et de ne pas se focaliser sur des sanctions à l’heure actuelle, a dit le diplomate allemand, estimant que « le dialogue, le renforcement de la confiance et de la coopération entre Kigali et Kinshasa sont nécessaires d’urgence pour traiter des racines du conflit ». Ce n’est pas trop loin de ce que pense à ce sujet le français Hervé Ladsus. « La première [préoccupation] est que la violence doit cesser aux Kivus, dans l’Est de la RDC. Trop de victimes, trop de souffrances, plusieurs personnes déplacées ainsi que des réfugiés. Cela doit cesser. Deuxième préoccupation, la souveraineté de la République démocratique du Congo doit être respectée. Troisièmement, il faut clairement rebâtir la confiance particulièrement entre les deux principaux voisins, la RDC et le Rwanda », a, pour sa part, fait savoir le secrétaire général adjoint des Nations Unies chargé des opérations de maintien de la paix.

Comme on peut s’en rendre compte, tout est fait pour trouver une solution « politique » dans le conflit en cours au Kivu depuis plus de quatre mois, sans que les contours de cette solution « politique » ne soient précisées ni expliquées clairement à l’opinion nationale.

Il est évident que les Nations Unies n’envisagent pas de combattre les rebelles du M23. On ne leur fera naturellement pas la guerre et aucune action de ce genre n’obtiendra le quitus de l’ONU. Il est également évident que la RDC ne s’engagera pas dans la guerre contre le M23, du moins dans le contexte actuel, non seulement parce qu’on ne connaît pas l’issue d’une confrontation militaire, mais il y a aussi cette volonté de ne pas en rajouter dans une région qui a connu trop de soubresauts.

Les Congolais devront alors prendre leur mal en patience et espérer que le plan de balkanisation échoue effectivement. Mais la mise en place d’une administration parallèle dans le territoire occupé par la rébellion a de quoi faire frémir. Certes, on peut trouver des explications apocryphes pour justifier cet état de choses, mais il faudrait éviter que l’on s’installe dans du provisoirement définitif. Que le M23 crée une « républiquette », la contagion sera difficile à contenir dans un pays où évolue une multitude de groupes armés. Plus que jamais, il nous faut une armée véritablement républicaine, forte, bien équipée, dissuasive, capable d’assurer l’intégrité du territoire national et de taire les velléités funestes de création de la « République de Rutshuru »
Franck Baku

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