Kabila poussé à négocier avec les criminels du M23

Cela ne fait plus un doute. La RDCongo est poussée à négocier avec le M23. Malicieusement, on tente de convaincre le pouvoir en place à faire la paix avec le mouvement rebelle qui sévit à l’Est du pays. Les échecs à répétition des sommets de la CIRGL sont là une preuve éloquente que l’on tente de gagner du temps, d’avoir le gouvernement congolais à l’usure. A Kampala, on s’est donné trois mois pour la mise en place de cette force dite neutre sans que les contours en soient précisés. Les ministres de la défense vont s’en charger alors que les chefs d’Etat se retrouveront une fois de plus pour décider.
Entre-temps, c’est Ban Ki-moon en personne qui entre en danse. Le secrétaire général des Nations Unies convie les chefs d’Etat de la région des Grands lacs à un sommet à New-York le 27 septembre prochain. Que va-t-on encore chercher là bas alors que toutes les rencontres antérieures ont échoué ? On verra bien.
L’évolution de la situation n’inspire pourtant guère à l’optimisme. La semaine dernière, la Grande-Bretagne a en effet décidé de verser au Rwanda 12 des 24 millions de dollars de son aide budgétaire précédemment « gelée » pour le rôle trouble pour ne pas dire le soutien appuyé et prouvé par de nombreux rapports sérieux du pays des mille collines à la rébellion du M23. Pour justifier son geste, véritable recul dans la pression exercée sur Kigali, Londres dit avoir perçu une évolution positive de l’attitude du Rwanda dans la guerre qui déchire la partie Est de la RDCongo depuis quatre mois.
Les explications alambiquées de Londres sur sa volte-face incompréhensible ne convainquent personne. Et pour cause ? On cherchera en vain cette évolution positive qu’a pu déceler Londres. Comme un pied de nez à ses pairs africains, Paul Kagamé a brillé par son absence au dernier sommet de la Conférence internationale sur la région des Grands lacs (CIRGL) qui s’est tenu à Kampala, prouvant par là le peu d’intérêt qu’il accorde au déploiement de la force dite neutre.
Bien plus, Kigali ne fait pas mystère de son opposition à voir la Monusco pour laquelle la communauté internationale débourse pourtant des centaines de millions de dollars chaque année, intégrer ladite fameuse force internationale neutre. Pour justifier son refus, Kigali juge la Monusco pas suffisamment « neutre » ni « impartiale ».
Des criminels !!!
On se demande bien comment la Monusco peut être neutre et impartiale vis-à-vis d’un mouvement rebelle, véritable force négative. Cela est d’autant plus patent qu’un nouveau rapport de Human Rights Watch publié le 11 septembre dernier vient d’éclabousser le M23. « Les rebelles du M23 qui sévissent dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) sont responsables de crimes de guerre commis à grande échelle, y compris des exécutions sommaires, des viols et des recrutements de force. Trente-trois des personnes exécutées étaient des jeunes hommes et des garçons qui avaient tenté de quitter les rangs des rebelles », peut-on lire dans ce rapport.
Ces accusations somme toute graves sont publiées au moment où l’on tente d’amener le gouvernement congolais à ouvrir de négociations avec les rebelles afin de mettre fin au conflit. Kigali y a toujours été favorable. Il suffit de lire entre les lignes les déclarations de James Kabarebe, ministre rwandais de la défense au journal belge Le Soir pour s’en convaincre. « Si l’on veut sortir de cette crise, il faut que la communauté internationale comprenne qu’en exerçant des pressions sur le Rwanda à propos de la situation en RDC, elle ne fait pas de bien à la RDC : les problèmes sont nés là, c’est là qu’ils doivent être résolus. Et les Congolais doivent savoir que la solution à leurs difficultés ne viendra pas de la communauté internationale, mais d’eux-mêmes. C’est en comptant sur eux-mêmes, en construisant leurs propres mécanismes de gouvernance, leur propre système que les Congolais s’en sortiront», a déclaré James Kabarebe dans cette interview accordée à Colette Braeckman. Le ministre rwandais est si convaincu de son fait qu’il ne croit pas à la mise en place de la force internationale neutre. « Je ne suis pas sûr que la force neutre verra jamais le jour. Par contre ce qui fonctionnera, c’est le mécanisme conjoint de vérification, qui sera composé de trois représentants de chacun des Etats membres de la conférence. Le commandement sera exercé par l’Ouganda, le numéro deux sera originaire de Brazzaville, les autres viendront de RDC, du Rwanda, du Burundi, de l’Angola, de la Tanzanie…Ces officiers vérifieront la frontière entre la RDC et le Rwanda, ils contrôleront aussi sur le terrain l’application du cessez le feu entre l‘armée congolaise et le M23 et la présence des FDLR sur le terrain. Tout cela en attendant l’éventuel déploiement de la force neutre. Si elle vient jamais».
Vous avez dit cessez-le-feu ?
Comme on peut s’en rendre compte, tout est fait pour arriver à de négociations. On ne parle pas de reddition du M23. Le Rwanda parle bien de cessez-le-feu à conclure entre l’armée congolaise et le M23. Et après, pourrait-on être tenté de dire. Rien. Quel sera alors le résultat recherché dans le déploiement de la force neutre ? On ne le sait avec précision. Cette force devra-t-elle désarmer les rebelles du M23 ou se contenter de sécuriser la frontière entre le Rwanda et la RDC ? Finalement quel sera le sort à réserver au M23 ?
Si dans les salons politiques africains on cherche vainement à trouver une issue favorable au M23 sous forme de négociations débouchant naturellement sur un partage du pouvoir ou à une intégration des bonzes de ce mouvement rebelle dans les instances du pouvoir, Human Rights Watch a déjà trouvé une destination pour les chefs rebelles. « Les commandants du M23 devraient être contraints de rendre des comptes pour ces crimes, et les autorités rwandaises qui soutiennent les commandants responsables d’exactions pourraient être traduits en justice pour complicité de ces crimes », estimait Anneke Van Woudenberg, chercheuse senior à la division Afrique de Human Rights Watch.
Pour cette Ong de réputation mondiale, la place des dirigeants du M23 et leurs complices rwandais se trouve donc devant la justice internationale. « Les chefs les plus gradés de ce groupe ont la réputation bien établie d’avoir commis de graves violations des droits humains à l’égard de civils. En juin, la Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, a désigné cinq des dirigeants du M23 comme étant « parmi les pires auteurs de violations des droits humains en RDC, voire même dans le monde ». Parmi eux se trouvent le général Bosco Ntaganda, qui fait l’objet de deux mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis dans le district d’Ituri, et le colonel Sultani Makenga, qui est impliqué dans le recrutement d’enfants et dans plusieurs massacres dans l’est de la RD Congo », peut-on encore lire dans le communiqué de HRW.
Même si les stratèges militaires reconnaissent que la guerre se termine souvent par de négociations, il est tout de même délicat dans le cas du M23 d’en ouvrir. Comment pourrait-on, encore une fois, faire confiance à des criminels après le fiasco enregistré avec Bosco Ntaganda. Celui que l’on voulait faire passer pour le « faiseur de paix » jusqu’à le protéger contre la CPI, s’est révélé en fait pour un criminel et rien de plus. Il a suffit qu’on tente de le bousculer pour que tout s’embrase. Aujourd’hui, des centaines de milliers de personnes ont fui leurs villages pour cause de la guerre, tandis que des crimes de la compétence de la CPI sont entrain d’être commis.
Quand le 27 septembre prochain à New-York, Joseph Kabila sera en face de ses pairs de la région des Grands lacs au sommet convoqué par le secrétaire général des Nations Unies, on espère bien qu’il ne se laissera pas convaincre par des solutions lénifiantes qui n’apportent pas la paix à la RDC, mais permettent au Rwanda de maintenir son influence dans la partie Est du pays. Pour faire avaliser son point de vue, la RDC devra tout de même faire la preuve qu’elle peut faire échec à ce qu’elle qualifie d’agression armée, sinon sa faiblesse le contraindra à négocier…dans la pire des postures.
Franck Baku

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