« Kabilistes », opposition et gouvernement s’étripent

Lundi 13 août, Mwenze Kongolo, ci-devant ancien cacique de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (Afdl), ancien ministre de l’intérieur et de la justice sous Laurent-Désiré Kabila a qualifié de « trahison » la gestion gouvernementale de la nouvelle guerre au Nord-Kivu. Cette sortie médiatique a reçu une réplique du porte-parole du gouvernement Matata Ponyo. Au cours de son point de presse d’hier, Lambert Mende a jugé ces accusations de « médiocre exhibitionnisme » de la part de quelqu’un qui chercherait, selon à attirer l’attention sur son « ego surdimensionné ». Lambert Mende ne s’est pas privé de faire la leçon à Mwenze Kongolo, lui rappelant que « gérer le devenir de millions de compatriotes pris en otage par des groupes hégémonistes et prédateurs étrangers impose plus de finesse que ces postures épidermiques primaires ». Pour le porte-parole du gouvernement, «ce chant de sirène d’un ex-cacique paraît motivé par des préoccupations individuelles et carriéristes », estimant que Mwenze Kongo n’avait pas de leçon à donner au gouvernement actuel alors que le gouvernement auquel lui avait appartenu n’avait pu protéger Mzee Kabila assassiné dans son palais.
Sans citer une seule fois Mwenze Kongolo, Lambert Mende assène : « Ce Monsieur qui semble atteint d’une sorte de nombrilisme devrait être réaliste et se rendre compte qu’il n’est plus au Gouvernement et qu’il n’a pas à nous obliger à nous exprimer comme lui avec étourderie et dans le langage peu élégant qu’il semble tant affectionner ». La conclusion est tout aussi rude : « Quel crédit accorder aux élucubrations d’hommes politiques qui, non seulement n’ont jamais réussi à franchir la barre symbolique de l’adoption par une base électorale, même dans leurs propres villages, et qui ne se répandent en critiques et jérémiades que depuis qu’ils ont dû quitter la fonction ministérielle ».
Voilà qui ne devrait pas faciliter le dialogue entre « kabilistes » ou ceux prétendus tels autour de la gestion de la guerre actuelle. Nouveaux et anciens « kabilistes » donnent l’impression de ne pas parler le même langage. Les premiers n’entendent pas prêter le flanc à une critique qui risquerait de plonger le régime en place dans une posture équivoque à cause notamment de la gestion des cas Nkunda, Mutebusi et Ntaganda. Les derniers, eux, n’ont toujours pas digéré leur éviction des allées du pouvoir, oubliant que c’est eux qui avaient ouvert le territoire national aux ambitions hégémoniques du Rwanda, même si Mwenze Kongo affirme qu’ils ont eu le courage de chasser les Rwandais quand ils ont compris que ces derniers avaient des agendas cachés sur la RDC.
Qui a dit groupe consultatif ?
Ces échanges à fleurets mouchetés entre anciens et nouveaux « kabilistes » via Mwenze Kongolo et Lambert Mende ne manquent pas d’attirer l’attention sur le désaccord entre le pouvoir et l’opposition au sujet du groupe consultatif sur la sécurité et la stabilité aux Kivu. On rappelle que l’opposition a dénié au premier ministre le pouvoir de réunir la classe politique pour débattre de la question. « Elle décline l’invitation du Premier Ministre lancée à la télévision nationale le mercredi 08 août 2012 du fait que les questions de la guerre et de la défense de l’intégrité du territoire national dépassent, à ce stade, sa compétence, en plus que la cohésion nationale ne se forme pas autour de lui », peut-on lire dans le communiqué de presse rendu public le 10 août dernier à l’issue d’une rencontre des dirigeants politiques de l’opposition. Tout en réaffirmant sa disponibilité à débattre de toute question d’intérêt national « afin de trouver des solutions idoines susceptibles de sortir le pays de la crise », l’opposition politique dénonce la création du groupe consultatif, « structure informelle et inconstitutionnelle à laquelle elle n’appartient pas ».
Face à de nombreuses déclarations que le gouvernement a interprétées comme un appel au dialogue assorti d’un partage du pouvoir, Lambert Mende a répondu vigoureusement. « Ceux qui se lancent dans toutes sortes de déclarations oiseuses pour exiger avec force circonlocutions un partage de postes en échange de la paix ont voulu manifestement se livrer à une pêche en eaux troubles », a-t-il fait savoir au cours de son point de presse d’hier. Et d’ajouter : « Les acteurs politiques qui ont tenté d’instrumentaliser les souffrances de leurs électeurs pour négocier artificiellement des strapontins du pouvoir ont encore le temps de revenir à la raison et s’associer aux masses congolaises contre les ennemis de la paix dont l’identification ne fait plus l’ombre d’un doute ».
L’affaire ne va sans doute pas s’arrêter là, tant la guerre n’est pas finie. Alors qu’il doit faire face au M23 avec ses soutiens rwandais, le gouvernement doit aussi s’occuper des groupes armés qui endeuillent les populations dans l’Est du pays. Les nombreux groupuscules Mai-Mai ne cessent de se manifester…en mal. Ceux là aussi sont des hordes de criminels à mettre hors d’état de nuire. Pour y arriver, le pays doit disposer d’une armée non seulement nationale dans sa composition, mais aussi bien entraînée et bien équipée. Sur ce dernier point, le porte-parole du gouvernement a parlé d’une sorte de complot ourdi contre la RDC. « On sait que tout avait été fait au cours des 15 dernières années pour torpiller toute possibilité pour la RDC de disposer d’une armée digne de ce nom », a dit Lambert Mende hier. Selon lui, l’armée a « trop longtemps été étouffée par des embargos de toute nature pendant une décennie entière alors que l’agresseur (…) pouvait sans problème continuer à s’alimenter à des conditions plus qu’avantageuses en armes et munitions aux quatre coins du monde ». Lambert Mende a laissé entendre que cet épisode est fini, le gouvernement étant aujourd’hui en mesure de « tourner cette page noire de notre histoire ». Et de conclure : « C’est à cette fin que les FARDC recrutent. Appel est fait aux jeunes hommes et jeunes filles du Congo de s’enrôler sous le drapeau afin de soutenir l’effort de rajeunissement de notre armée afin de la rendre encore plus performante et efficace, car sans armée, il n’y a pas de pays ».

On espère que tout cela ne restera pas dans les intentions. De trop nombreux plans de modernisation de l’armée ont été initiés sans résultat probant. Il est plus que temps que la réforme de l’armée, de la police et des services de sécurité amorcée dans les textes législatifs se concrétise sur le terrain.
Franck Baku

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