Soutien au M23: Kigali dément sans convaincre

« Selon l’ONU, les rebelles du M23 ont repris leur avancée dans l’est de la RDC et se dirigent maintenant vers Goma avec, semble-t-il, l’intention d’encercler la ville. Les hélicoptères de l’ONU sont intervenus au moins à deux reprises pour pilonner des groupes rebelles qui menaçaient de s’en prendre à des civils, mais la Monusco, la force de l’ONU, n’est censée intervenir qu’en soutien à l’armée congolaise. Or les soldats congolais sont en recul. Ils ont abandonné plusieurs positions et le représentant de l’ONU sur place, Roger Meece, a confié au Conseil de sécurité que les FARDC, les troupes de l’armée régulière congolaise, ne sont pas en mesure de résister à l’avancée du M23 ». Voilà ce que l’on pouvait lire hier sur de nombreux sites d’information au sujet de la nouvelle guerre en cours au Nord-Kivu. « Le M23 semble beaucoup mieux équipé que l’armée et ses effectifs ont augmenté depuis quelques semaines », a indiqué à l’AFP un haut responsable de l’ONU sous couvert de l’anonymat », pouvait-on lire sur une dépêche exploitée par « Le Nouvel Observateur » et reprise sur le site radiookapi.net. La même dépêche insinuait que les troupes manquaient de munitions et abandonnaient des villages que le M23 s’empressait d’occuper. On croise les doigts pour que tout cela ne soit qu’une contorsion intellectuelle.

On consent néanmoins que ces mauvaises nouvelles tombent alors même que la RDCongo a enregistré ces dernières semaines quelques victoires diplomatiques sur le Rwanda, qu’un rapport du Groupe d’experts de l’ONU accuse d’être le principal soutien des rebelles du M23.

Malgré les dénégations de Kigali, les Etats-Unis ont suspendu une aide militaire modeste de 200.000 $US pour faire pression sur le pays des mille collines. Puis, ce sont les Pays Bas qui ont gelé une aide de 6 millions $US destinée à la réforme du système judiciaire rwandais. Le manque à gagner le plus important est enregistré à la suite du gel de l’aide budgétaire allemande au Rwanda, soit 26 millions $US. Quant à la Grande-Bretagne, autre partenaire de poids du Rwanda, elle suspend un versement prévu ce mois au profit de Kigali d’un montant de 25 millions $US.

Même si Kigali donne l’impression de ne pas être impressionné par ces mesures financières qui lui privent d’importantes ressources, force est de reconnaître qu’elles ne manqueront pas d’avoir un effet à long terme. Les aides extérieures représentent tout de même près de 40 à 45% du budget total du Rwanda.

Face à ces sanctions en cascade, le Rwanda choisit, apparemment, de faire la sourde oreille. On se demande si Kigali a décidé de se passer des aides extérieures pour se fournir en ressources directement en RDCongo en pillant les richesses du Nord-Kivu. Ce qui est vrai, c’est que Kigali ne peut ne pas prendre en compte les récriminations lui adressées par ses principaux bailleurs de fonds. Sous prétexte de prévenir un nouveau génocide, le Rwanda ne peut en effet continuellement pourrir la situation en RDCongo en aidant des mouvements rebelles considérés comme des forces négatives. On rappelle que le principal dirigeant de l’ex-CNDP – même s’il est en retrait – Bosco Ntaganda est poursuivi par la CPI pour des crimes commis en Ituri et pour lesquels son compère Thomas Lubanga vient d’écoper de 14 ans de prison.

Le rapport du Groupe d’experts de l’ONU a relevé le fait que Bosco Ntaganda a été vu à plusieurs reprises au Rwanda sans y être inquiété alors qu’il est sous le coup d’un mandat lancé contre lui par la justice internationale. Kigali qui n’a pas signé le traité de Rome sur la cour pénale internationale ne s’en émeut nullement et n’y accorde aucune attention.

Trop légères

Nombre d’observateurs ont du reste noté la faiblesse de la réplique du Rwanda aux accusations détaillées formulées dans le rapport du Groupe d’experts de l’ONU.

Dans le document de 28 pages non compris les annexes déposé à l’Onu en guise de réponse aux « allégations » du Groupe d’experts des Nations Unies, Kigali se livre à un exercice de style qui ne convainc personne. Les accusations documentées des experts onusiens sont qualifiées d’ «inconsistantes », les témoins de « peu fiables ». Le rapport rwandais tente maladroitement et de façon infantile de blanchir les hauts gradés de l’armée rwandaise cités dans le rapport du Groupe d’experts de l’ONU.
Si certains de ces hauts gradés reconnaissent avoir eu de relations avec le M23, c’était, semble-t-il, pour amener les mutins au « dialogue » et « éviter la violence ».

Pince sans rire, le général Nziza, accusé de s’être redéployé dans l’ouest du Rwanda pour coordonner le soutien au M23 fournit son agenda et la liste des 114 rendez vous qu’il a eus à Kigali au cours de la période en cause. Il n’y a qu’un enfant pour gober cela. Des agendas, on peut en acheter à tout moment et les remplir comme on peut pour les exhiber comme preuve. Bien plus, qui peut croire que des rendez-vous pris clandestinement avec des bonzes du M 23 pour déstabiliser un pays voisin peuvent être répertoriés dans l’agenda d’un officiel rwandais. Lors de son point de presse de lundi dernier, le porte-parole du gouvernement avait qualifié les déclarations rwandaises de « spécieuses et peu dignes de foi ». Pour M. Lambert Mende, les preuves apportées par le rapport d’experts des Nations Unies ne sont nullement basées sur des témoignages biaisés. « Un témoignage n’est pas à qualifier de « biaisé » du simple fait qu’il n’est pas confirmé par la personne physique ou morale mise en cause dans le fait répréhensible dénoncé », a fait savoir M. Mende.

Sur la question du recrutement d’hommes en territoire rwandais au profit du M23, le rapport du gouvernement rwandais affirme qu’il ne peut s’agir que d’initiatives individuelles n’impliquant pas l’armée rwandaise. Et au sujet des armes, munitions et uniformes du M23 présentés dans le rapport du Groupe d’experts de l’ONU comme fournis aux rebelles par l’armée rwandaise, Kigali nie tout en bloc, affirmant même qu’ils auraient tout aussi bien provenir de l’armée congolaise. Cela voudrait-il dire que les rebelles du M23 se seraient servis dans les stocks des forces régulières ? Accusation somme toute grave, mais qui mérite d’être vérifiée par les autorités congolaises pour que l’argent du contribuable congolais engagé dans l’effort de guerre ne serve pas à booster la rébellion.

Qu’à cela ne tienne, les Congolais sont en droit de se demander ce que veulent bien les anciens mutins du M23 transformés en rebelles. Quand on scrute l’accord du 23 mars 2009 signé par le gouvernement et le CNDP, on n’y voit pas ce qui cloche et pouvait justifier une nouvelle rébellion. Il est grand temps qu’une évaluation objective soit faite sur l’application dudit accord, comme le réclament nombre de politiques congolais. La hargne que met actuellement le M23 à prendre une grande ville comme Goma a de quoi inquiéter. Tout porte à croire que ce mouvement rebelle tente de faire une grosse prise afin de négocier en position de force.

On a froid au dos sur les éventuelles exigences d’un tel mouvement alors que la RDCongo s’est engagée sur la voie de la démocratie. Même si les élections de novembre 2011 ont été entachées d’irrégularités, on ne peut envisager des négociations qui auraient pour finalité de gratifier un mouvement rebelle soutenu par une puissance étrangère hostile à la RDC d’une certaine légitimité lui donnant droit à des privilèges politiques. Tout se passe en effet comme si la finalité est de continuer à pourrir la situation dans l’Est du pays pour que se poursuive dans le silence le pillage des richesses du pays.
Franck Baku

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