Obama punit et dorlote Kagame

Samedi 21 juillet dernier, les Etats-Unis ont suspendu une partie de leur aide militaire au Rwanda. Ce sont 200.000 dollars américains qui sont ainsi « gelés » ou « suspendus » et qui seront orientés vers un autre pays. Les 200.000 $US prévus dans le budget 2012 américain étaient destinés à la création d’une école militaire pour sous-officiers de l’armée rwandaise. Le département d’Etat a tout de même précisé que Washington « continuera » de contribuer à la formation des troupes rwandaises participant à des forces de maintien de la paix.

C’est dire que rien ne va fondamentalement changer dans la politique américaine en faveur du Rwanda, même si l’Oncle Sam prend de plus en plus en compte les multiples actions déstabilisatrices du Rwanda envers la RDC et se refuse à accepter qu’un de ses fidèles alliés piétine impunément le droit international. Ce geste considéré comme « symbolique » au vu du montant en jeu, est tout de même un désaveu public des activités du Rwanda au Kivu et pourrait faire tâche d’huile
L’aide budgétaire extérieure représente en effet près de 40% du budget total du Rwanda, qui se chiffrait pour l’exercice 2011-2012 à 1.192,4 milliards de francs rwandais, soit un peu plus de 1.944.725.788 $US. Les principaux contributeurs extérieurs au budget du Rwanda sont les Etats-Unis, la Grande Bretagne, les Pays Bas, l’Allemagne, des pays scandinaves et une multitude d’organisations multilatérales et des ONG. Le pactole engrangé par Kigali représente près de 500 millions de dollars américains. Certains parlent même de près du double, soit au moins 900 millions $US. C’est cet argent qui, entre autres, booste l’économie rwandaise et en fait l’une des plus compétitives du continent noir.
Une goutte d’eau, mais…
Les 200.000 US d’aide militaire suspendus la semaine dernière par les Etats-Unis ne représentent en fait qu’une goutte d’eau, soit juste un programme bien ciblé et qui n’a pas un impact direct sur la capacité militaire du Rwanda. Les Etats-Unis ne vont sûrement pas abandonner le soutien logistique qu’ils apportent au Rwanda dans le cadre de leur présence au Darfour. Le pays des mille collines y participe avec des troupes combattantes et des policiers à la mission hybride Union Africaine – ONU au Darfour (MINUAD), soit 3.500 hommes. En fait, l’aide militaire américaine au Rwanda doit représenter au-delà de plusieurs millions de dollars.
Bien plus, l’aide suspendue ne le sera que pour l’année fiscale 2012. Elle pourrait naturellement être reconduite l’année prochaine si la situation évolue sur le terrain. Le plus important dans cette affaire est que Washington semble épouser le point de vue d’une bonne partie de l’opinion internationale, qui estime que le Rwanda en fait un peu trop. Sous prétexte d’éviter un nouveau génocide, Kigali se permet d’instrumentaliser des groupes armés qui n’ont pour finalité que de rendre instable l’Est de la RDC.
Si ça bouge effectivement bien que timidement du côté de Washington, Londres par contre semble ne pas vouloir critiquer publiquement son allié rwandais, même si des déclarations indignées ont été entendues. On rappelle que la Grande Bretagne est aussi actuellement l’un des plus grands bailleurs de fonds de la RDC en termes de financement de différents programmes de développement. Il est donc dans l’intérêt de Londres que le Rwanda et la RDC entretiennent de relations cordiales.
Long à se dessiner
L’évolution du point de vue des Etats-Unis dans la nouvelle guerre qui sévit dans l’Est du pays depuis bientôt quatre mois, a été assez lente. Alors que tout accusait le Rwanda, les Etats-Unis ont bloqué pendant près de deux semaines, la publication du rapport des experts de l’ONU sur la RDC, rapport qui mettait en cause de hauts dignitaires rwandais dans le soutien qu’ils apportent à la rébellion du M23. Devant la hargne qu’avait mis la RDC à se défendre au conseil de sécurité de l’Onu, le rapport ainsi que ses annexes a été publié, mettant à nu les manœuvres sordides orchestrées par le ministre rwandais de la défense, James Kabarebe, le chef d’état-major des Forces de défense du Rwanda (RDF), Charles Kayonga ainsi que d’autres hauts gradés de l’armée rwandais dont les généraux Jack Nziza, Emmanuel Ruvusha et Alexis Kagame. On indique que l’armée rwandaise compte 20.000 hommes de troupes et près de 100.000 réservistes.
Devant l’évidence des preuves accablantes, Washington a demandé au Rwanda de cesser de soutenir le M23, un mouvement rebelle constitué au départ de « mutins », éléments issus de l’ex-CNDP incorporés dans les FARDC, mais qui reçoit de plus en plus de soutiens d’autres groupes armés qui insécurisent l’Est de la RDC depuis des années. Le M23 reçoit même un appui des éléments démobilisés des FDLR, un mouvement rebelle à majorité hutu rwandais établi en RDC depuis une quinzaine d’années, où il commet les pires atrocités contre les populations congolaises. Ces éléments démobilisés rapatriés dans leur pays, le Rwanda, retournent en RDC après avoir été recrutés par le groupe à James Kabarebe et Charles Kayonga.
Toutes ces accusations étayées de preuves sont, jusque là, balayées d’un revers de la main par Paul Kagamé en personne. Le maître de Kigali affirme que la guerre actuelle en cours au Nord-Kivu est une affaire congolo-congolaise et de la communauté internationale. Paul Kagamé a tout de même souscrit à l’idée du déploiement d’une force internationale neutre dans l’Est de la RDC et à la frontière entre les deux pays afin de mettre fin aux exploits funestes des groupes armés et de sécuriser ladite frontière. Deux semaines après, on ne voit pas encore un début de concrétisation de cette décision prise lors du dernier sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba et confirmée à la faveur de la rencontre dans la même capitale éthiopienne des dirigeants de la Conférence internationale sur la région des Grands lacs (CIRGL). Au jour d’aujourd’hui, on ne sait pas qui financera l’opération, ni quels pays offriront des troupes à cette force internationale.
Sur le terrain, les rebelles du M23 et les forces régulières (FARDC) semblent vouloir consolider leurs positions. Si les ex-mutins se confinent à Bunagana, les FARDC doivent d’abord faire face à l’activisme des groupes armés qui profitent de la confusion pour élargir leur espace de conquête. Pour l’heure, le M23 a même renvoyé aux calendes grecques toute velléité d’attaque sur Goma, la Monusco et les FARDC ayant renforcé leur présence dans cette ville avec chars et hélicoptères d’attaque.
Franck Baku (publié dans Lisapo du 25 juillet 2012)

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