L’Est livré aux seigneurs de guerre

Lors du sommet de l’Union africaine le week-end dernier à Addis-Abeba, les chefs d’Etat ont décidé de la mise en place d’une force internationale pour traquer et éradiquer les forces négatives qui écument l’Est de la RDC depuis près de deux décennies. Avant que l’on ne sache qui fera quoi dans cette force, qui y mettra des troupes, qui l’équipera et assurera son financement, des questions ne manquent pas d’être posées. Pourra-t-on, cette fois-ci, mettre fin à l’insécurité dans l’Est du pays ? La question vaut son pesant d’or dans la mesure où la Monuc puis la Monusco avec ses 18.000 membres n’a pu éradiquer le phénomène. Des opérations conjointes ont été tentées par l’Ouganda, la RDC et le Rwanda afin de venir à bout de tous ces groupes armés qui pullulent dans l’Est, particulièrement au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, dans la Province Orientale et même au Katanga, sans y parvenir totalement.
Des chefs de guerre profitent de l’instabilité créée dans la région depuis 1994 pour s’y livrer à leur sport favori : détruire des villages, prendre en otage des jeunes garçons et filles, faire des filles des esclaves sexuelles. Des armes circulent dans la région où les groupuscules militaires se livrent à l’exploitation des richesses du sous-sol, au braconnage et à l’exploitation du bois.
Malgré de nombreuses opérations initiées, de nombreux accords signés pour mettre fin à cette sombre situation, rien n’y fait. Chaque jour qui se lève, des illuminés se déclarent « seigneurs » de guerre. Certains se disent « Mai-Mai », mais coalisent curieusement avec des forces dites négatives, qui mettent à mal la paix et l’intégrité territoriale du pays.
Dans cette jungle, on retrouve des noms aussi peu réjouissants que ceux de Force de résistance patriotique de l’Ituri (FRPI) de Cobra Matata, Front populaire pour le développement durable de l’Ituri d’Eneko Kila ; Force armée pour la révolution d’un certain Kabuli ; Forces armées d’Intégration de l’Ituri, d’un certain Charité Semire, Force de résistance patriotique en Ituri/Front populaire pour la justice au Congo (FRPI/FPJC).
Ces groupes rivalisent d’ardeur avec les groupes en vogue au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, où l’on retrouve notamment : les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ; les Patriotes résistants congolais (PARECO), l’Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain (APCLS), les Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC), les Forces démocratiques alliées/Armée nationale de libération de l’Ouganda (ADF/NALU), l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), les Forces républicaines fédéralistes (FRF) de Michel Rukunda, une milice du Sud-Kivu, les Forces combattantes Abacunguzi, actives dans le Sud-Kivu. Il faut y ajouter des groupes Mai-Mai dits Kayumba, Karegeya, Nsengiyumva, Yakutumba et Cheka. Excusez du peu.
La force internationale, si elle voit le jour un jour et si elle est effectivement déployée aura du pain sur la planche, tant les groupuscules guerrières sont nombreuses avec des revendications inexistantes et floues et des alliances contre-nature. Ouf !!!
Franck Baku (paru dans Lisapo du 18 juillet 2012)

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