Guerre dans l’Est: Tshisekedi et Kamerhe aphones !

Une centaine de jours déjà depuis qu’une nouvelle rébellion s’est déclarée dans l’Est du pays. Les observateurs politiques se demandent bien ce qu’en pense l’opposition. Dans les coulisses, on fait savoir que des ténors de l’opposition à l’assemblée nationale ont mal digéré qu’un huis-clos ait été imposé par le bureau pour parler de la question de la guerre dans l’Est du pays. A la demande du député Martin Fayulu pourtant, un débat ouvert avec le ministre de la défense nationale avait été exigé. Hormis quelques déclarations dans la presse, on ne sent toutefois pas une présence vigoureuse de l’opposition. Le MLC reste pratiquement en retrait sur la question. Aucune déclaration ou presque du parti de Jean-Pierre Bemba n’a été entendue. L’UNC de Vital Kamerhe non plus reste aphone. Quant à l’UDPS, c’est le silence quasi-total. Qu’est-ce à dire ?
Voudrait-on faire croire à l’opinion que le MLC, l’UNC et l’UDPS ont décidé de garder le profil bas sur la question pour ne pas envenimer une situation déjà difficile à gérer. Des sources croient savoir que ces partis éviteraient d’afficher publiquement leur lecture de la situation pour ne pas à subir le courroux du pouvoir en place, prompt à interpréter dans le mauvais sens des critiques dans la gestion de la situation qui prévaut dans l’Est du pays. Face à des accusations à peine voilées selon lesquelles des députés siégeant à l’assemblée nationale seraient de connivence avec les « mutins » du M23, on peut comprendre l’embarras des bonzes de l’opposition.
Cette attitude de réserve pourrait toutefois être mal interprétée par l’opinion publique. Il n’est pas normal que de gros poissons comme Etienne Tshisekedi et Vital Kamerhe, arrivés respectivement selon la CENI, deuxième et troisième lors de la présidentielle du 28 novembre 2011, ne donnent leurs avis sur la situation.
On peut comprendre qu’un homme comme Vital Kamerhe soit circonspect sur la question pour avoir été défenestré du perchoir de l’assemblée nationale à cause de ses déclarations sur les relations entre le Rwanda et la RDC en 2009, mais un tel silence a tout de même de quoi inquiéter. Le natif de Bukavu se doit, par son envergure actuelle sur la scène politique congolaise, transcender les mauvais souvenirs. C’est en effet l’avenir de la nation qui est en jeu et en première ligne celui du Nord-Kivu et pourquoi pas du Sud-Kivu. Le plan de balkanisation dénoncé par les prélats catholiques concernerait, semble-t-il, ces deux provinces de la RDC et celles-ci en priorité.
Que Vital Kamerhe et Etienne Tshisekedi en personne se murent dans un profond silence, il est tout de même possible que leurs partis donnent de la voix. La question n’est pas d’apporter ou non un soutien au pouvoir en place, mais d’assurer l’intégrité du territoire national. Personne ne peut prédire que le pays ne ressentira pas un coup si le M23 et ses soutiens arrivaient à leurs fins. Ce n’est pas seulement le pouvoir de Joseph Kabila qui vacillera, mais c’est tout le Congo qui en souffrira. La guerre du M23 ou prétendue telle ne doit pas être considérée comme une simple escarmouche.
La guerre n’a pas pris fin
En effet, même si une certaine accalmie est constatée sur le théâtre des opérations, le M23 continue à contrôler quelques agglomérations du Nord-Kivu, ce qui avait provoqué un levé de boucliers de la part de la communauté internationale. Accusée de mollesse si pas de complicité avec les forces négatives qui écument la région depuis une décennie, la Monusco a bien été obligée de montrer ses muscles. Des hélicoptères et des blindés de la force onusienne de « stabilisation au Congo » ont finalement, la semaine dernière, bombardé les positions du M23 à Bunagana afin d’empêcher les « mutins » de faire mouvement vers Goma. Les experts de l’ONU sur la RDC ayant bien identifié le Rwanda comme soutien appuyé du M23, le gouvernement congolais a enfin parlé d’une agression sans toutefois déclarer la guerre à Kigali.
Entre-temps au pays, la mobilisation est sur toutes les lèvres. Après les évêques de la Conférence épiscopale nationale du Congo, les chefs des confessions religieuses ont emboîté le pays. La société civile ainsi que les députés nationaux du Kivu ont pris le relais. L’offensive diplomatique déployée a conduit les structures régionales et panafricaines à se pencher sur la question. Réunies le week-end dernier à Addis-Abeba, l’Union africaine (UA) et la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), ont décidé de l’établissement d’une « force internationale neutre » pour éradiquer le M23, les FDLR, ainsi que toutes les autres forces négatives opérant dans l’Est de la RDC et assurer le contrôle et la sécurisation des zones frontalières.
En attendant de savoir qui participera à cette force, qui en supportera le financement et quand sera-t-elle déployée effectivement, force est de reconnaître que le M23 n’a pas encore dit son dernier mot. Selon des sources, notamment des notables de plusieurs villages des groupements de Jomba et Busanza au Nord-Kivu, les rebelles du M23 procèderaient au recrutement forcé des jeunes. « Des sources à Rutshuru-centre signalent l’arrivée de plusieurs jeunes, fuyant les rapts des rebelles dans leurs villages contrôlés par le M23. Les rebelles du M23 ont encerclé le village de Kabaya, dimanche 15 juillet, avant de rassembler les jeunes capables de combattre », relève le site internet de Radio Okapi, qui fait état d’une cinquantaine de jeunes hommes déjà « enrôlés de force ». Comme on peut le constater, le M23 dont les forces sont passées de 1.000 à 2.000 hommes selon diverses sources, cherche à augmenter encore plus sensiblement ses effectifs pour réussir son entreprise de déstabilisation de l’Est du pays et pourquoi pas davantage. D’où la nécessité de ne pas relâcher la pression sur le Rwanda et de maintenir éveillée la population. Les appels à la mobilisation entendus ici et là ne sont pas négligeables. Alors, on attend savoir ce qu’en pensent l’UDPS, l’UNC et le MLC. Vital Kamerhe et Etienne Tshisekedi devraient sortir de leur silence, pour autant qu’ils sont de voix écoutées et qui comptent.
Franck Baku (paru dans Lisapo du 18 july 212)

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3 Réponses

  1. Vous n’êtes vraiment pas au fait de l’actualité cher Franck, le président de l’UNC a donné son point de vue sur la situation qui prévaut à l’Est, via un communiqué et ce depuis le 12 juillet 2012. De plus, doit-on rappeler que c’est parce qu’il s’était opposé à l’entrée des troupes rwandaises dur le sol de notre pays que Vital Kamerhe alors présidente l’Assemblée nationale a était contraint de démissionner? Si je puis me permettre, je vous conseille d’aller voir la page Facebook de l’UNC pour être au fait de son actualité.

    • Vous n’étiez peut-être pas encore un « familier » de VK. J’ai suivi cette affaire de bout en bout. J’ai écrit de nombreux articles sur cette affaire.

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