Evêques catholiques, France, UE, USA chargent Kigali

Rutshuru-centre et Kiwandja passés entre les mains des « mutins » du M23 dimanche, sont à nouveau occupés par l’armée régulière, les « mutins » s’étant retirés sans qu’aucun coup de feu n’ait été tiré. Ils avaient déjà pris ces deux agglomérations du Nord-Kivu dimanche dernier sans avoir rencontré de résistance, les FARDC ayant choisi de se replier dans les collines. Julien Paluku, gouverneur du Nord-Kivu a confirmé cette information hier à Radio Okapi, la radio onusienne. Les « mutins » n’ont toutefois pas quitté la cité de Bunagana, important poste frontalier avec l’Ouganda. Cette cité est autrement plus intéressante pour les « mutins » que le poste frontalier réalise des recettes mensuelles estimées entre 500.000 et 700.000 US, selon la Direction générale des douanes et accises (Dgda). On comprend dès lors que les motivations des « mutins » ne sont pas que politiques, mais intègrent aussi une donne financière. Ils cherchent à engranger le maximum d’argent pour financer leur « mutinerie », visiblement soutenue par le Rwanda.

En effet, malgré les dénégations de Kigali, les Etats-Unis ont dû taper du point sur la table, exigeant du régime de Paul Kagamé de cesser de soutenir ce « mouvement mutin » créé sur les cendres de l’ex-CNDP. La pression exercée sur Kigali a sans doute produit ses effets. Il y a une ligne rouge pour Kigali à ne pas franchir. On sait que le budget du « pays des mille collines » est fortement subventionné par les USA et la Grande Bretagne. Tout naturellement Kigali ne peut pas se fâcher avec Washington et Londres sans en subir de lourdes conséquences. Tout se passe comme si les jérémiades de la RDCongo ont porté. En effet, après avoir consenti à la publication des annexes du rapport du groupe des experts de l’ONU sur la RDC alors qu’il s’y était opposé durant près de deux semaines, les USA ont nettement pris position pour exiger de Kigali une attitude moins belliciste envers la RDC.

Voilà qui devrait donner un peu de répit aux forces régulières, si du moins Kigali se montre coopératif. La France dont le président hésiterait encore à venir à Kinshasa dans le cadre du sommet de la francophonie prévu du 12 au 14 octobre prochain, n’est pas, elle non plus, restée sans voix. « La France est très préoccupée par la situation dans l’est de la République démocratique du Congo. Elle en suit l’évolution avec la plus grande attention. Elle appelle les différentes parties prenantes à profiter des opportunités de dialogue offertes, que ce soit au prochain sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, dans le cadre du Comité Interministériel Régional des Grands Lacs, ou au sein des Nations unies, pour trouver une issue durable au conflit. La France encourage les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) à travailler en étroite coopération avec la Mission de l’Organisation des Nations-unies pour la stabilisation du Congo (MONUSCO) pour renforcer la protection des civils et garantir l’accès humanitaire aux populations victimes des combats. Compte tenu de ces événements, il est important que le Conseil de sécurité des Nations unies soit pleinement informé de l’évolution de la situation en RDC », peut-on lire dans un communiqué publié hier mardi 10 juillet sur le site officiel « Diplomatie française » http://www.diplomatie.gouv.fr.

Les évêques donnent de la voix

Les quelques rares bonnes nouvelles enregistrées depuis des semaines au front – sans que les belligérants n’aient fait usage des armes – tombent au moment où les évêques congolais décident de sonner la mobilisation générale. Réunis en assemblée plénière du 2 au 6 juillet dernier à Kinshasa, les prélats catholiques ont publié une déclaration lundi 09 juillet intitulée « non à la balkanisation de la RDCongo ».

Pour les membres de la Conférence épiscopale nationale du Congo, la guerre qui sévit au Kivu est l’illustration d’un « plan de balkanisation » du pays. Et d’ajouter : « les Evêques réaffirment l’unité et l’indivisibilité de la RD Congo dans ses frontières issues de la colonisation et reconnues par la communauté internationale le 30 juin 1960. Il doit être clair : l’intégrité du territoire de la RD Congo n’est pas négociable ». la suite est tout aussi vibrante. « Les évêques congolais invitent les élus du peuple ainsi que le peuple congolais tout entier à un sursaut patriotique pour ne pas être complice de ce plan macabre d’émiettement et d’occupation de notre territoire national», lit-on encore dans la déclaration, qui se conclut par un appel à la mobilisation. « La CENCO appelle instamment tous les Congolais vivant en RD Congo et ceux de la diaspora à se mobiliser pour faire échec à ce plan ennemi et destructeur. A cet effet, des actions seront menées concomitamment dans toutes les paroisses des diocèses de la RD Congo et dans les aumôneries des Congolais à l’étranger pour exprimer notre refus catégorique de ce plan et implorer la grâce de la paix », font savoir les évêques congolais.

Voilà au moins une déclaration qui ne s’entoure pas de trop de diplomatie, même si aucun pays étranger n’est mis en cause ouvertement et nommément. La haute représentante de l’Union européenne, elle ne se prive pas d’égratigner le Rwanda. Dans une déclaration rendue publique hier, Catherine Ashton écrit : « L’UE appelle le Rwanda à cesser tout soutien aux groupes armés de l’est de la RDC, ainsi qu’à enquêter en profondeur sur les questions soulevées par le rapport du Comité des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies et ses annexes et à y apporter une réponse constructive ». La chef de la diplomatie de l’Union européenne souligne en outre la nécessité pour le Rwanda et la RDC à maintenir des liens de bon voisinage et demande « instamment à Kinshasa et Kigali de contribuer à une solution politique et de s’attaquer aux sources régionales et locales de l’instabilité », assurant que « les développements actuels ne profitent à aucun des deux pays ni à leurs populations », estimant qu’il est de la « responsabilité de la RDC et du Rwanda d’assurer une paix durable dans la région ».

Catherine Ashton scrute également l’avenir avec une recommandation particulièrement au gouvernement congolais. « Tout en soutenant la souveraineté de la RDC sur son territoire, elle (UE,Ndlr)appelle aussi la RDC à assumer une responsabilité accrue en établissant pleinement l’autorité de l’Etat dans les provinces des Kivus. À cet égard, la réforme du secteur de la sécurité, notamment de l’armée congolaise, ne doit pas être plus longtemps retardée », écrit la chef de la diplomatie de l’Union européenne.

C’est dire la responsabilité qui incombe au gouvernement congolais dont l’armée semble en construction depuis plus de 15 ans avec de perpétuels retournements. Les multiples opérations de brassage, de mixage et d’intégration des troupes menées depuis 1997 n’ont rien produit de concret. L’armée congolaise a besoin d’une véritable cure de choc de haut en bas. La réforme des structures et le recrutement d’éléments neufs devra s’accompagner d’un rééquipement adéquat afin que les FARDC soient réellement une armée républicaine, forte et dissuasive, capable d’empêcher que des hordes de « mutins » viennent, comme dans un pique-nique avec barbecue, occuper des localités du pays et s’en aller comme elles étaient venues sans qu’elles ne soient inquiétées.
Franck Baku (publié dans l’Hebdo Lisapo du 11 july 2012)

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