On fête quoi en fait le 8 mars?

La journée internationale de la femme, célébrée chaque année le 8 mars est devenue un véritable fonds de commerce pour les Congolaises. Pagne, argent de couture, nouvelle coiffure, nouvelles sandales ou chaussures… Bref, les hommes sont quasiment truandés par leurs épouses.
Alors que les dégâts occasionnés par les fêtes de fin d’année sur la bourse des Congolais ne sont pas encore totalement effacés, les Congolaises remettent ça avec la fameuse fête du 8 mars. La journée internationale de la femme est ainsi devenue une occasion d’autres dépenses. Le pagne fabriqué à l’occasion et importé coûte 25 dollars américains à Kinshasa. A ces 25 dollars, il faut ajouter les frais de couture dite express, soit au bas mot 15 dollars. Et comme c’est la fête, il faut une nouvelle coupe de cheveux, soit au moins 15 dollars encore. Le pagne, il faut le porter avec une chaussure assortie, encore 15 à 25 dollars. C’est déjà beaucoup pour une seule journée.
Le calvaire des hommes est encore accentué du fait que les exigences ne se limitent pas aux seules épouses. Les enfants, filles, exigent, elles aussi, le même pagne. La même gymnastique financière vaut donc pour chaque fille. Même les toutes petites fillettes encore à l’école maternelle sont obligées de se mettre en pagne ce jour là. C’est une exigence des enseignantes. Malheur à l’enfant qui ne se mettra pas en pagne. Dans certaines écoles, on demande aux enfants d’apporter chacune une somme d’argent pour la fête à organiser ce jour là.
Ouf, c’est beaucoup trop pour des finances si anémiées en cette année électorale qui a commencé par des forts délestages salariaux pour les agents et fonctionnaires de l’Etat. Malgré la crise, en RDCongo, les femmes ont l’esprit si inventifs que tout est devenu prétexte à fête. Toutes les fêtes sont accompagnées de leur lot de dépenses. Anniversaires, mariages, moziki, fête à l’église, première communion des enfants, baptême… A chaque occasion, il faut un pagne avec tout le lot des dépenses qui vont avec.
Trop, c’est trop! C’est à se demander, pour le 8 mars, si tout se résume en une fête assaisonnée de pagne. Il faut repenser la signification de cette journée, devenue source de discordes pour certains foyers pour des maris et pères incapables de satisfaire les exigences de leurs épouses et filles. Que c’est dur d’être un homme!
Franck Baku

Une Réponse

  1. « La Congolaise c’est le pagne ». C’est avec cette phrase péremptoire que les Congolais font connaitre leur relation avec ce type de tissu. Il y a la conviction ancrée chez la plupart des Congolais que les pagnes tels que portés actuellement par leurs compatriotes sont une invention congolaise.
    Pourtant, les écrivaines Béatrice Lalinon Gbado et Christelle Ouas expliquent dans leur ouvrage « La longue histoire du pagne » que ce vêtement a plutôt vu le jour en l’Asie du sud-est, dans l’actuelle Indonésie.
    Les Congolais n’ont pris aucune part à son importation vers le continent noir, vers la fin du XIXème siècle. On peut même se demander quelle a été la contribution des nationaux dans l’implantation chez eux des usines textiles où auparavant ces tissus étaient fabriqués. Lesquelles usines (appartenant le plus souvent à des Occidentaux) ont d’ailleurs fermé. Actuellement, je serais curieux de savoir si il y a des Congolais impliqués dans la conception des couleurs, des motifs ou de la matière composant ces tissus.
    En ce qui concerne les désagréments que peuvent subir les femmes qui ne portent pas de pagnes le 8 mars, il a différentes causes. Il y a d’abord le côté intolérant des Congolais, qui ont tendance à désirer que les gens s’habillent comme eux le voudraient.
    De plus en RDC, le corps des femmes en fait ne leur appartient pas. Elles sont d’ailleurs traitées comme d’éternelles mineures, passant de la tutelle de leurs parents à celle de leur mari.
    Ainsi, il n’est pas rare que des gens agressent verbalement voire physiquement des femmes ou filles qui portent des vêtements jugés « indécents ». Certains justifient même les cas de viols par la tenue des victimes.
    Et malheureusement, les policiers et autres militaires en RDC ont tendance à profiter de la moindre occasion pour brutaliser ou dépouiller les citoyens. Une de leur pratique consiste à découper les pantalons ou jupes de leurs victimes avec des objets tranchants, alors qu’il est plutôt déconseiller de manier ce type d’objets pour ne pas contracter ou inoculer des maladies indésirables.
    Il y a aussi les enfants de la rue, les fameux « shegués », qui aiment créer du désordre pour mieux voler les gens ou les brutaliser.
    La longue histoire du pagne,
    de Béatrice Lalinon Gbado et Christelle Ouas,
    Editions Ruisseaux d’Afrique, 2006.

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