Le « point d’achèvement de l’initiative PPTE » asphyxie les provinces

« Le Congo doit absolument atteindre le point d’achèvement de l’initiative PPTE ». C’est quasiment devenu un slogan. L’atteinte du fameux « point d’achèvement » est la meilleure ou mieux l’unique solution pour permettre à la RDC de bénéficier de l’allégement du fardeau de sa dette extérieure estimée à près d’une dizaine de milliards de dollars américains. Certains parlent même de l’effacement total de cette dette contractée, pour l’essentiel, du temps du régime Mobutu.
La RDC s’est donc engagée, pour y parvenir, dans un plan de paiement de sa dette, qui lui exige des sacrifices énormes. Quasiment toutes les recettes de l’exploitation pétrolière au Bas-Congo sont consacrées au paiement mensuel de 50 millions de dollars. Des dépenses, surtout celles en faveur des provinces, pourtant programmées dans le budget sont gelées. Il en est ainsi de celles des institutions. Les frais de fonctionnement sont libérés au compte-gouttes, bloquant parfois lesdites institutions. Au-delà des frais de fonctionnement, les salaires et émoluments sont aussi libérées avec parcimonie.
En province particulièrement, la rétrocession mensuelle – un terme contraire à la constitution qui parle plutôt de retenue à la source (article 175) – ne suit plus. Au Bas-Congo par exemple, les députés provinciaux sont privés de leurs émoluments depuis deux mois. Ils n’ont pas été payés en janvier ni en février 2010 et attendent encore leurs émoluments du mois de décembre 2009 alors même que le mois de mars 2010 est largement entamé.
La situation serait la même pour toutes les provinces, asphyxiées par le pouvoir central qui refuse obstinément d’appliquer les dispositions constitutionnelles sur la retenue à la source de 40% des recettes à caractère national produites par les provinces. A la place et après moult tractations, il avait été convenu une rétrocession mensuelle, qui malheureusement ne vient jamais régulièrement. Pire, la très inconstitutionnelle rétrocession ne concerne que les frais de fonctionnement et les salaires pour les institutions politiques provinciales.
Pour les investissements, tout se décide à partir de Kinshasa, qui retient les projets à sa guise et les finance directement, laissant ainsi aux provinces le simple rôle de supervision des actions choisies par le gouvernement central et imposées aux provinces généralement sans leur avis. Ces investissements sont parfois loin de répondre aux préoccupations des populations. Pour continuer à vivre et réaliser leurs propres projets, les exécutifs provinciaux créent des taxes. Les recettes locales ainsi collectées permettent aux gouvernements provinciaux de se maintenir, tant soit peu, sur la scène et donc d’exister. Ces recettes locales ne permettent toutefois pas le paiement des frais de fonctionnement ni la paie des salaires et émoluments des institutions provinciales, au point que les députés provinciaux broient du noir.
Si les députés sont ainsi asséchés financièrement, la situation doit être pire pour les personnels des assemblées, obligés d’attendre des mois pour percevoir leurs maigres salaires. Même à Kinshasa, a-t-on appris, la pilule devient de plus en plus amère. Les mois ne comptent plus 30 ou 31 jours, mais s’allongent indéfiniment jusqu’à 50 ou 60 jours, alors que 80% des salariés sont des locataires et doivent s’acquitter de leurs loyers mensuels à une date fixe, payer les factures mensuelles d’eau et d’électricité, faire étudier leurs enfants en payant les frais scolaires de plus en plus exorbitants et assurer tout simplement l’existence de leurs familles. Comment le faire si l’on doit être payé tous les 60 ou 90 jours ? Réponse : il faut patienter. La pilule du point d’achèvement est semble-t-il très amère, mais au bout il y a la guérison.
Il est certes vrai que tous les Congolais doivent faire un effort pour que le pays atteigne le « point d’achèvement », mais les institutions financières internationales (FMI, Banque mondiale et autres bailleurs de fonds) feraient bien de ne pas faire avaler des couleuvres aux populations des « pays pauvres très endettés ». Il faut surtout éviter des tensions sociales. Bien plus, le gouvernement doit éviter des dépenses ostentatoires et de prestige alors que l’essentiel n’est pas assuré, comme ces festivités du cinquantenaire que l’on veut grandioses.
Franck Baku

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