Olivier Kamitatu veut remplacer Muzito

Rien ne va plus à l’Alliance de la majorité présidentielle (AMP). Les déclarations d’Olivier Kamitatu, samedi 19 septembre lors de l’inauguration du siège de son parti, l’ARC, demandant l’évaluation de l’action de l’AMP ont fait l’effet d’une bombe. Le ministre du Plan dont le groupe parlementaire à l’assemblée nationale, les Forces du renouveau, pèse tout de même une bonne quarantaine de députés, se donne les accents de visionnaire. Après trois ans de présence au pouvoir et à deux ans des élections de 2011, l’heure est venue de faire le bilan de l’alliance qui a soutenu la candidature de Joseph Kabila au second tour de la présidentielle de 2006 face à Jean-Pierre Bemba.
Si les propos assez durs d’Olivier Kamitatu ont été perçus comme une sorte de fronde des « mal servis » face à une classe politique marquée par la « culture de la jouissance », nombreux à l’AMP dont une majorité de députés estiment que le moment est bien indiqué pour faire cette évaluation et, au besoin, rectifier le tir afin de garantir les chances de succès à la coalition qui a porté Joseph Kabila au pouvoir.
La sortie musclée d’Olivier Kamitatu rencontre, il faut le reconnaître, les préoccupations de bien de parlementaires de l’AMP qui s’estiment traités comme des marchepieds par des « non élus », qui leur distribuent des ordres venant d’en haut.
Les propos d’Olivier Kamitatu ont aussi le mérite de relancer la question de l’équilibre des forces au sein même du gouvernement où des partis politiques ne pesant quasiment rien occupent des postes importants depuis trois ans. L’évaluation demandée pourrait ainsi faire la part des choses entre « alliés sans condition » et « alliés de circonstance » venus à la faveur du second tour de la présidentielle apporter leur appui à Joseph Kabila avec une batterie de « conditions ».
S’il est difficile à Joseph Kabila, au jour d’aujourd’hui, de faire la lessive au sein de la coalition au pouvoir sans froisser des « alliés de circonstance », force est de reconnaître qu’il est obligé de faire un choix. On note qu’Olivier Kamitatu qui dispose d’un allié de taille dans les Forces du renouveau, en la personne d’Antipas Mbusa Nyamwisi, n’est pas quantité négligeable. Beaucoup le voient très bien occuper la primature. Certains députés de l’ARC le revendiquent ouvertement au nom du principe de bon sens. Ils rappellent que les postes au bureau de l’assemblée nationale lors des élections de mars dernier avaient été distribués en fonction du poids politique des partis de la coalition. C’est cet exercice qui a permis aux Forces du renouveau de prendre la 1ère vice-présidence de la chambre basse occupée jusque là par le MSR. Proportionnellement à son poids politique, le MSR s’est vu octroyé la questure. Le Parti lumumbiste unifié (Palu), a gardé la 2ème vice-présidence de la chambre basse du parlement. Si la même logique des chiffres devrait jouer, les Forces du renouveau devraient occuper, naturellement, la primature.
Difficile tout de même d’imaginer Joseph Kabila se séparant, en cours de mandat, d’un allié considéré comme important pour la conquête de l’Ouest, en l’occurrence le Palu. Nombreux au PPRD font tout de même valoir que l’on a du mal à évaluer l’apport réel du Palu dans la victoire de Joseph Kabila à la présidentielle de 2006 et que donc la présence du Palu à la primature serait une sorte de récompense « personnelle » faite à Antoine Gizenga pour le choix opéré en faveur de Joseph Kabila. Gizenga parti, on se demande si le chef de l’Etat est tenu de continuer à respecter ses engagements post-premier tour de la présidentielle.
Le débat est lancé. Les observateurs notent toutefois que les choses s’accélèrent à l’assemblée nationale. Adolphe Muzito a déposé, hier, le projet du budget de l’Etat pour l’exercice 2010. Selon certaines sources, la présentation dudit budget pourrait se faire au cours d’une séance plénière début semaine prochaine. Le premier ministre devra aussi répondre, mercredi prochain, aux préoccupations des députés formulées sous forme d’une motion de défiance. Le vote qui sera engagé à l’issue du débat sera déterminant. On prête même au Premier ministre l’intention de demander à l’assemblée nationale le vote de confiance au gouvernement. S’il échoue, ce sera la démission d’office de son équipe.
Pendant ce temps, on annonce que le président de la République peaufine des stratégies pour tenter de rencontrer les préoccupations de ses alliés. Avec la mort du ministre de l’Economie et la vacance créée il y a plusieurs mois par la nomination d’Adolphe Lumanu, ancien ministre des relations avec le parlement, comme directeur de cabinet du chef de l’Etat, Joseph Kabila ne peut pas ne pas procéder à un aménagement technique du gouvernement ou en profiter pour un grand chambardement. A moins qu’il ne choisisse la voie de la continuité, inscrivant ainsi son action dans la durée.
Franck Baku

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