Absentéisme des députés : Boshab décide de mettre fin à la chienlit

Le président de l’assemblée nationale entend ramener la discipline au sein de la chambre basse du parlement. Il l’a dit sans ambages mardi 15 septembre dans son discours d’ouverture de la session ordinaire de septembre. Pour mettre fin à la chienlit qui avait tendance à gagner la salle de congrès du palais du peuple, Evariste Boshab a promis de sanctionner ceux des députés qui s’illustrent par l’absentéisme aux séances plénières ainsi qu’aux réunions des commissions. Se basant sur les statistiques des services compétents de l’assemblée nationale, Evariste Boshab a indiqué qu’en moyenne 260 députés seulement ont régulièrement participé aux séances de la chambre basse au cours de la session de mars dernier. Cette situation est de nature à handicaper le bon fonctionnement de l’institution, a fustigé Evariste Boshab.
Pour mettre fin au désordre créé par les députés absentéistes, il a promis de faire application des dispositions constitutionnelles et réglementaires contre ces députés qui se On rappelle que le règlement intérieur de l’assemblée nationale prévoit notamment des sanctions financières contre un député qui se serait absenté sans motif valable à un quart au moins des séances d’une session. Au moment où l’érosion monétaire a réduit considérablement le pouvoir d’achat de leurs émoluments, des sanctions pécuniaires seraient ressenties profondément par des députés continuellement à court d’argent. On indique que certains d’entre eux ne vivraient plus que des avances ou d’emprunts à rembourser avec des intérêts parfois très exorbitants. Evariste Boshab qui connaît la situation difficile que traversent ses collègues députés veut sans doute frapper là où cela peut faire très mal afin de discipliner les élus du peuple qui sèchent les séances plénières de la chambre basse.

Bonne décision
Quoi qu’on dise, il était temps que le bureau de la chambre basse siffle la fin de la recréation. Il faudrait pour ce faire qu’un contrôle rigoureux soit opéré afin de débusquer les récalcitrants. En effet, beaucoup de députés, a-t-on appris de sources dignes de foi, se pointent dans la salle de congrès du palais du peuple lors des séances plénières, juste pour apposer leurs signatures sur les listes de présences. Le temps de serrer des mains, de faire des accolades, de tailler bavette avec leurs collègues et d’accorder des interviews aux nombreux journalistes qui squattent en permanence le palais du peuple, ils se rendent au restaurant de la transition, se tapent une bière et se font servir un bon plat. Ils quittent ensuite le palais du peuple sur la pointe des pieds, laissant sans gêne et remords une poignée d’assidus faire le travail à leur place. Selon le président de l’assemblée nationale, moins de 300 députés se tuent ainsi pour faire le travail qui devrait être réalisé par l’ensemble des 500 députés. Il était tout de même anormal que bien qu’absents, ces députés continuent à toucher leurs émoluments comme si de rien n’était. « Trop, c’est trop », a estimé Evariste Boshab, qui lance là, d’une certaine façon, à l’assemblée nationale l’opération « tolérance zéro ». L’institution chargée de contrôler le gouvernement, les entreprises, établissements et services publics ne devait pas présenter un visage aussi défait. Le spectacle des chaises vides lors des séances retransmises en direct à la télévision est devenu insupportable pour le commun des Congolais. Le souverain primaire qui a élu ces députés attend d’eux un comportement exemplaire. Certes, il serait utopique d’exiger des députés qu’ils participent à toutes les séances plénières ou réunions des commissions, mais l’on peut s’attendre d’eux, une assiduité qui garantit la qualité des débats et des conclusions des travaux à l’assemblée nationale.
On attend de voir si cette exhortation de Boshab n’est pas qu’un effet d’annonce ou un rappel à l’ordre destiné à donner le change. Elle doit plutôt être une mesure destinée à redonner un peu plus de crédibilité à la chambre basse du parlement. Pour ce faire, Evariste Boshab devra réellement appliquer les dispositions constitutionnelles et réglementaires contre tous les députés absentéistes, même contre ceux qui se croient « intouchables », ceux qui viennent parader au palais du peuple faire étalage de leur puissance et qui pourraient ne pas être effrayés par les sanctions pécuniaires. Outre les sanctions financières, le bureau de la chambre basse du parlement devrait faire application, en cas de récidive, d’autres sanctions prévues par le règlement intérieur de l’institution.
C’est quand il aura remis de l’ordre dans sa propre maison, qu’Evariste Boshab pourra fouiner son nez dans les maisons voisines, notamment au gouvernement. Le contrôle parlementaire que l’on veut plus sérieux et rigoureux ne devrait pas être un simple exercice de style permettant aux parlementaires de critiquer vertement les gestionnaires de la res publica, tout en ne sanctionnant aucune faute commise. « Cette façon de faire n’honore nullement notre institution et donne l’impression que les interpellations ne sont qu’un spectacle offert gratuitement aux électeurs », assurait hier un député à la fin de la séance d’hier. Un autre a eu ces mots : « le jour où l’assemblée nationale votera une motion de défiance contre un ministre, ce sera la fin de la récréation et de l’impunité ».
Voilà qui devrait faire réfléchir au moment où le parlement vient d’inaugurer sa session ordinaire de septembre. Essentiellement budgétaire, la session donnera l’occasion aux députés de vider certains arriérés législatifs. Le plus important et sans doute le plus vieux reste sans conteste la loi portant organisation et fonctionnement de la Commission électorale nationale indépendante. Des divergences apparues au niveau de la commission chargée d’examiner ledit projet de loi empêche jusque là la mise en place de cette institution destinée à remplacer la CEI de l’abbé Apollinaire Malu-Malu.
Franck Baku

Une Réponse

  1. J’ai longtemps été, comme beaucoup, choqué par les bancs vides de l’assemblée, par l’absentéisme des députés.
    Mais le fait d’avoir suivi d’assez près plusieurs débats parlementaires m’a fait quelque peu changer d’avis.
    Il est clair qu’il y a un gros problème de fonctionnement à l’assemblée, mais en fait, je ne crois pas qu’il soit du coté de l’absentéisme.
    La réalité, c’est que la plupart des débats sont très techniques, très pointus. Or un député, aussi bon soit-il, ne peut raisonnablement s’intéresser, et encore moins développer une réelle expertise sur tous les sujets. Finalement, plutôt que d’avoir dans l’assemblée des députés qui ne comprennent rien au sujet discuté et votent n’importe quoi, je trouve qu’il n’est pas idiot, surtout sur les sujets les plus difficiles, de laisser le débat et le vote aux quelques députés qui s’intéressent vraiment au sujet et l’ont étudié de près.
    Par contre, j’estime que pour avoir le droit de voter concernant un projet de loi, tout député devrait avoir l’obligation d’avoir été présent (et attentif) à la quasi totalité des débats ayant eu lieu sur le sujet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :