Retrait d’Irak : pari risqué pour les Etats-Unis

30 juin, c’est la date choisie pour le retrait des troupes américaines des principales villes irakiennes, une date qui cadre avec l’accord de sécurité signé en novembre 2008 entre Bagdad et Washington. Lundi 29 juin dernier, les forces américaines ont remis symboliquement les clefs du ministère de la défense irakienne à Bagdad à un officier irakien. Des scènes de liesse observées en Irak ont été diffusées par de nombreuses télévisions du monde.
Le Premier ministre Nouri al-Maliki a parlé de « grande victoire » à propos du retrait des forces américaines des zones urbaines et a décrété le 30 juin jour férié. Les Irakiens sont donc contents de cette souveraineté retrouvée après six années d’occupation américaine. Précision toutefois : en dépit de leur retrait des villes, les soldats américains resteront à proximité et un petit nombre d’entre eux seront maintenus à l’intérieur des agglomérations. Bien plus, si les unités de combat se retirent, des instructeurs, des conseillers et des unités de surveillance aérienne par drones vont demeurer sur place et devraient être parmi les derniers à quitter le pays.
A l’extérieur des villes, les opérations militaires américaines ne sont pas limitées mais elles se feront désormais, comme cela est d’application depuis le début de l’année, en coordination avec les autorités irakiennes. En cas de nouvelle flambée de violence, le gouvernement irakien pourra toujours demander une révision du calendrier de retrait américain. Perspective humiliante pour des autorités qui ont clamé haut et fort que les forces irakiennes sont capables d’assurer la sécurité du pays.
Le président Barack Obama avait promis que le gros des soldats américains se retirerait d’Irak à fin août 2010. Une force de quelques dizaines de milliers d’hommes serait maintenue dans le pays, avant un désengagement total qui devrait s’achever avant fin 2011.
Une force de 35 à 50.000 hommes doit rester dans une nouvelle mission d’entraînement et d’équipement des forces irakiennes, de protection des personnels américains et de lutte contre le terrorisme.
Si les Etats-Unis ont pu renverser Saddam Hussein, ils laissent tout de même derrière eux des inquiétudes quant à la capacité de l’armée irakienne à assumer ses responsabilités. Le mois de juin a été du reste très meurtrier alors que la sécurité s’est considérablement améliorée dans le pays. Des attentats ont fait plus de 200 morts rien qu’en juin. On a par exemple compté 72 morts lors d’un attentat à la bombe devant une mosquée de Kirkouk, le 20 juin et 72 morts aussi à la suite d’un attentat à la bombe le 24 juin sur un marché de Sadr City, quartier chiite de Bagdad.

Retrait inéluctable

Quelle que soit la situation sécuritaire présente en Irak, le retrait des forces américaines était inéluctable. L’Amérique ne peut rester indéfiniment dans ce pays, au risque de nourrir des sentiments de haine envers une force considérée comme d’occupation. Bien plus, la crise économique ne plaide pas pour une présence trop nombreuse et prolongée des forces américaines en Irak. Pourquoi continuer à dépenser tant d’argent pour assurer la présence des Gi’s en Irak alors même que des citoyens américains sont gravement touchés par la crise à l’intérieur même des Etats-Unis.
Durant la campagne électorale à la présidentielle américaine, Barack Obama s’était engagé pour un retrait rapide d’Irak, estimant que la priorité était maintenant l’Afghanistan. Les faits sur terrain l’ont contraint à revoir ses calculs, si bien que ce retrait « total » d’Irak n’est attendu que fin 2011. Ce ne serait pas trop top, estiment des adversaires de la présence des troupes américaines en Irak. Il faut rappeler qu’en six ans de présence en Irak, près de 4200 soldats américains y ont perdu la vie. La guerre aura coûté des milliards qui auraient pu servir à mieux. L’année dernière, des spécialistes ont affirmé que les Etats-Unis dépensaient en moyenne 50 milliards de dollars tous les trois mois en Irak et estimaient à 3.000 milliards de dollars la facture de la guerre en cinq ans. Trop d’argent dépensé presque pour rien, diraient certains. Certes, Saddam Hussein et son pouvoir ont été anéantis, mais aucune arme de destruction massive n’a été trouvée en Irak. Bien plus, les liens supposés entre le pouvoir irakien et Al Qaïda n’ont pu être prouvés.
En six ans d’occupation justifiée par la guerre contre le terrorisme et la volonté de réduire au silence un pouvoir dont on disait faussement qu’il possédait des armes de destruction massive, le moment est venu pour les troupes américaines de faire leurs valises. Reste à savoir si demain, l’Irak ne risque-t-elle pas de devenir ingouvernable. On le saura dans six mois quand seront organisées les élections législatives. Ce serait là le premier test politique pour les différents groupes politiques irakiens après le retrait des troupes américaines des agglomérations de leur pays. Chiites, sunnites et kurdes devront alors montrer s’ils sont prêts à plonger leur pays dans le chaos ou plutôt à le relever et en faire un pays vivable sans une présence étouffante de l’armée américaine.
Franck Baku

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