Matières premières : Face à une Chine « déloyale », Etats-Unis et Europe portent plainte à l’OMC

Américains, Européens et Chinois sont de nouveau sur le pied de guerre. Il ne s’agit pas d’échange de tirs, mais de grosses affaires économiques. Les Etats-Unis d’Amérique et l’Union européenne ont en effet déposé, le 23 juin dernier, plainte contre la Chine auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour « pratiques restrictives » sur l’exportation de certaines matières premières.
Jonglant sur des concepts tels que quotas, taxes à l’exportation ou prix minimum à l’exportation, le géant d’Asie contrôle drastiquement ou mieux limite la sortie de son territoire national d’une vingtaine de matières premières qu’elle considère comme « stratégiques ». On y trouve des matières comme la bauxite, l’indium, le phosphore, le carbonate de magnésium, la molybdénite ou encore le zinc, tous des minéraux importants pour l’industrie de l’aéronautique ou la fabrication des semi-conducteurs.
Derrière cette procédure à l’OMC, Européens et Américains posent l’épineuse question de la compétitivité de l’industrie chinoise. Il est indéniable, font valoir les Occidentaux, qu’en gardant pour elle une partie de ses matières premières, la Chine faciliterait artificiellement – par rapport aux principes du libre échange – la vie de ses industries. La Commission européenne estime en effet que la réduction des exportations de ces matières premières par la Chine pourrait affecter 4% de la production industrielle de l’UE, soit 500 000 emplois. On rappelle que l’UE a importé de Chine pour 4,5 milliards d’euros de ces matières premières en 2008.
D’après les Etats-Unis et l’UE, les restrictions chinoises créent des avantages injustes en faveur des industries chinoises, instaurent des distorsions dans la concurrence mondiale, et vont à l’encontre des règles de l’OMC.

Contre-attaque

L’affaire prend une dimension importante en cette période de crise économique où la tentation protectionniste gagne de nombreux pays industrialisés. Pékin est ainsi accusé de favoriser son industrie nationale au détriment des concurrents étrangers. On relève notamment le fait que le gouvernement Chinois a fait obligation aux collectivités du pays de donner la priorité aux entreprises chinoises dans la réalisation de son plan de relance de 586 milliards de dollars. Plus concrètement, les fournisseurs étrangers ne doivent être sollicités que s’il n’existe pas de possibilité de trouver un fournisseur chinois équivalent. C’est du moins ce que relevait le quotidien français « Les Echos » dans son édition du 24 juin dernier.
Face à la multiplication d’attaques contre ses pratiques économiques, la Chine a vite fait de réagir, le 24 juin dernier. Au sujet de restrictions à l’exportation de métaux rares que l’Empire du Milieu applique, le ministère chinois du Commerce a expliqué qu’il s’agissait en fait de mesures visant à protéger l’environnement et les ressources naturelles, ce qui est conforme, selon lui, aux règles de l’OMC.
La Chine n’en reste pas là puisqu’elle a, à son tour, ressorti cette vieille querelle qui l’oppose aux Etats-Unis au sujet de l’embargo américain sur la volaille chinoise, en vigueur depuis l’épidémie de grippe aviaire de 2004.
Selon le mécanisme de règlement des conflits de l’OMC, la Chine, les Etats-Unis et l’Union européenne ont 60 jours pour mener des consultations. Si aucune solution n’est trouvée, les plaignants pourront se tourner vers l’OMC pour que celle-ci nomme un panel chargé de procéder à un règlement formel.
On est donc là au début d’un processus pouvant être assez long. Ce nouveau conflit traduit tout de même l’état d’esprit des pays industrialisés confrontés à la montée fulgurante des pays dits émergents dont les pratiques ne correspondent pas toujours aux pratiques de saine concurrence. Quant à la Chine, devenue depuis quelques années l’usine du monde, elle tient à garder des positions acquises sur le marché, quitte à piétiner les règles de l’OMC dont elle fait partie depuis 2001. Les pays africains sont ainsi inondés de produits parfois de qualité douteuse, qui étouffent quasiment les industries locales. D’où la multiplication de plaintes à l’encontre de Pékin.
Egratignée pour des pratiques « douteuses » visant à soutenir son industrie automobile, la Chine a notamment vu son appel en juillet 2008 rejetée. L’OMC a estimé que le marché était biaisé pour pousser les fabricants d’automobiles chinois à recourir à des fournisseurs locaux.
Que deviendrait le monde si tout le monde s’adonnait à ces pratiques ? On peut relever qu’au moment où ils accusent la Chine de protectionnisme, Européens et Américains ne sont pas tout aussi « clean » dans cette affaire. Dans les nombreux plans de relance économique mis en place pour combattre la crise, l’idée n’a-t-elle pas traversé les esprits des dirigeants occidentaux de donner priorité à leurs propres industries ?
Franck Baku

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