Beach de Brazza: un nid de vipères

Mercredi 10 décembre 2008, je reçois un coup de fil d’une amie burundaise qui séjourne à Brazzaville dans le cadre d’un séminaire organisé par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) au profit de dirigeants d’agences de presse francophones d’Afrique. Elle insiste pour que je traverse le fleuve. Je me présente le même jour à la direction provinciale de la Direction Générale de Migrations (DGM/Kinshasa) où je reçois un laissez-passer au prix de 2.750 FC. L’accueil y est bon et le service plutôt rapide. Je n’ai pas passé plus de 15 minutes en ces lieux.

Le vendredi 12 décembre, je me pointe au beach Ngobila dans l’espoir de prendre le bac de l’après-midi. Là, je suis pris en charge par un compatriote qui joue le rôle de rabatteur au profit de la compagnie congolaise (brazzavilloise) ATC au détriment de la compagnie nationale Onatra. Il me convainc de prendre un billet aller-retour, ce qui me fait économiser un peu d’argent. Coût du billet simple: 4500 FC alors que le billet aller-retour s’obtient à 6400 FC, soit l’équivalent de 5500 F CFA. Mon « guide » m’accompagne à la DGM/beach où, pour les formalités, je paie 1000 FC. Il s’occupe ensuite de faire pour moi la déclaration de biens en ma possession. Sur le « jeton de déclaration« , je déclare : 150 $US, 10.000 FCFA et un téléphone portable. Il oublie de signaler que j’ai aussi un appareil photo numérique. Ici aussi, je paie 1000 FC, soit un total de 2000 FC pour les formalités.

Mon « guide » qui semble bien connaître les méandres du beach Ngobila, m’accompagne jusqu’à l’intérieur du beach où il m’installe dans une sorte de restaurant. Je m’offre une boisson gazeuse. L’endroit est plutôt propre. Il y règne un certain ordre, même si les agents de la DGM semblent être très affairés. Il y a tout de même bousculade pour l’accès au bac. Les passagers, on ne sait trop pourquoi, se précipitent pour prendre place dans ce bac de l’ATC. Un « truc  » vieillot, rongé par la rouille, vitres cassées, sièges en lambeaux par endroits et par dessus tout plutôt très sale. Personne ne se préoccupe de faire la propreté des lieux après la descente des passagers.

Le bac est, ce vendredi, plein. Des centaines de passagers et des ballots de marchandises hétéroclites: pains, savons, cartons de poulet, cartons de biscuits, casiers de bières…cohabitent avec les passagers. Un instant, je me suis même demandé s’il existait un manifeste des passagers. Pas évident qu’il soit établi puisque le seul endroit où j’ai été enregistré c’était à la DGM où personne ne m’a demandé quel bac je prenais. A l’entrée du bac, les agents y postés se contentent de vérifier le billet et non d’inscrire les noms des passagers sur une liste. A part les passagers qui ont payé la traversée, il y en a des dizaines qui, d’une certaine façon, vivent quasiment sur le bac. Ils sont là pour « escorter » les commerçantes sur les deux rives du fleuve Congo, moyennant rétribution. Eux, semble-t-il, savent contourner la douane ou savent négocier avec les douaniers avec qui ils sympathisent. Le bac avance à pas de tortue. Les 5 km qui séparent Kinshasa de Brazzaville sont bouclés en 45 minutes.

Un autre monde

De l’autre côté du fleuve, c’est un autre monde. Le beach de Brazzaville est toujours aussi mal tenu. Les passagers sont obligés d’accomplir les formalités d’immigration en plein air, soumis aux intempéries. Et s’il pleuvait, me suis-je demandé. Des policiers en tenue et en civil , des gendarmes, des douaniers et d’autres personnes non identifiables sont postés là. Ils canalisent tant bien que mal le flot des passagers et abusent parfois du fouet pour se faire respecter. Alors qu’un quidam demande le laissez-passer et les pièces d’identité, un autre exige le « jeton de déclaration » tandis qu’un troisième vend la « taxe portuaire » ou « redevance d’entrée« . Le tout fait 3200 F CFA.

On m’a truandé

Alors que je me croyais en ordre, un « policier » va m’apostropher pour exiger le « jeton de fouille » délivré à Kinshasa. L’homme, suspect, m’amène dans un semblant de bureau au beach. La salle est pleine. Il m’amène alors un peu plus loin dans une sorte de réduit où il me demande mes papiers puis le « jeton de fouille ». Il me demande ensuite de vider mes poches. Tout y est comme renseigné dans le « jeton de fouille« , mais il constate que j’ai sur moi ma carte de presse officielle. Il exige alors un ordre de mission ou une autorisation de sortie, documents que je ne possédais pas, ma visite étant strictement privée. Malgré mes explications, rien n’y fait. Il fait même venir son « chef » qui se lance dans une longue diatribe sur les conventions signées entre la RDC, l’Angola et le Congo/Brazza sur le mouvement des journalistes. Conclusion: je dois être entendu sur procès-verbal, puis gardé à vue durant 72 heures et expulsé le temps que mon identité soit confirmée par mon employeur. Je devrais en outre payer une amende de 24.000 FCFA, soit plus ou moins 49$US au taux du jour. Après une longue discussion, les deux « policiers » me demandent de faire une « proposition« . Je consens de leur laisser ou plutôt leur abandonner les 7800 FCFA qui me restaient. L’un d’eux a tout de même le toupet de m’exiger les 1000 F CFA du « jeton de fouille« . Résultat: en une dizaine de minutes, j’avais perdu 10.000 F CFA, soit 20$US dont 15 sont allés dans les poches de deux « policiers » truands.

A Brazzaville même , je prends une chambre à l’hôtel Saphir. Coût: 55.000 F CFA, soit 110 $US non compris le petit déjeuner. J’ai dû, le lendemain, débourser encore 7.000 F CFA pour ce fameux maigre petit déjeuner. Incroyable dans un hôtel qui se veut de classe internationale. Bref, plutôt un mauvais souvenir de Brazzaville puisqu’au retour, j’ai dû encore débourser au beach la somme de 3200 F CFA pour les mêmes formalités.

Le bac de ATC est toujours aussi plein ce samedi 13 décembre. Les commerçants emportent sur Kinshasa : pagnes, sandales et autres habits pour hommes, femmes et enfants. Au beach Ngobila à Kinshasa: pas beaucoup de bousculade. Les agents de la DGM sont courtois envers les étrangers dont les Brazzavillois. Je paie juste 1000 FC pour les formalités à l’immigration. Je sors du beach heureux d’être revenu chez moi après des heures d’angoisse au beach de Brazzaville où j’ai vu des policiers fouetter mes compatriotes, arracher leurs marchandises tandis que la douane leur faisait payer des taxes. J’ai vu des femmes pleurer, mais que peuvent-elles faire? Elles vont en affaires à Brazza. Ne plus aller sur l’autre rive du fleuve, c’est suicidaire pour elles. Alors, les brimades, elles s’en accommodent malgré elles.

Franck Baku

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