Procès Daniel Botethi: Parole de truand contre parole du gouverneur de la ville

Sauf changement de dernière minute, André Kimbuta, gouverneur de la ville de Kinshasa, Roger Nsingi, président de l’assemblée provinciale de Kinshasa, Godard Motemona, ministre provincial de l’Intérieur, vont se présenter lundi 28 juillet prochain au tribunal militaire de Kinshasa/Ngaliema. Ils y seront entendus dans le cadre du procès des assassins de Daniel Botethi, vice-président de l’assemblée provinciale de Kinshasa. Le jeune homme de 29 ans a été assassiné le 6 juillet 2008 vers 2 heures du matin sur l’avenue Haute tension alors qu’il revenait, avec son garde du corps, d’une fête  de mariage.

Cité par l’un des présumés assassins, Patrick Mwewa, comme commanditaire du meurtre, le gouverneur de la ville va devoir s’expliquer, enfin diraient certains, devant la justice. Ce sera la parole d’un truand contre celle du premier citoyen de la ville. La scène mérite d’être vécue. Ce sera en effet la première fois dans l’histoire du pays qu’un aussi haut personnage de l’Etat est cité est confronté à un simple truand.

Cité, André Kimbuta jouit de la présomption d’innocence. Il est toujours gouverneur de la ville de Kinshasa et vaque, comme si de rien n’était, à ses occupations. Il accorde des audiences dans son cabinet de travail de l’Hôtel de ville de Kinshasa. Bon Kinois, il a même reçu – c’est normal – le soutien appuyé de la CODEK, une structure qu’il a dirigée et dont il est toujours membre. La CODEK prétend s’occuper du développement de Kinshasa.

Bref, le fauteuil de l’autorité urbaine n’est pas vacant. André Kimbuta l’occupe bel et bien, même si des membres de l’opposition réclament, à grand renfort de communiqués, qu’il se démette de toutes ses fonctions « afin de ne pas gêner » l’action de la justice militaire. A l’Hôtel de ville, on rétorque qu’André Kimbuta a non seulement été élu, mais a, en plus, été investi par ordonnance du chef de l’Etat. Le raisonnement est simple: tant qu’André Kimbuta n’est que cité par un truand dans une sombre affaire et qu’il n’est entendu que comme témoin et tant que le chef de l’Etat ne lui retire pas sa confiance ou que l’assemblée provinciale n’a pas prononcé sa destitution, l’homme peut continuer à occuper son beau bureau de l’Hôtel de ville.

Personne à l’Hôtel de ville n’envisage donc de demander au « Haut sommet », c’est le sobriquet d’André Kimbuta, de se démettre. Il n’est nullement question qu’il se mettre totalement à la disposition de la justice afin de bien se défendre. Les exemples cités comme celui de Dominique Strauss Kahn en France ne sont pas envisageables. Tout devrait donc se passer dans le meilleur des mondes pour le « Haut sommet » tant que le ministère public ne l’aura pas fait passer de simple témoin cité par un truand à un « inculpé ». Bien plus, le fameux Kadi, l’homme qui aurait joué l’entremetteur entre Kimbuta et Patrick Mwewa – c’est du moins ce qu’affirme Mwewa – n’est pas dans le box des accusés, car toujours en fuite. Il semble pourtant que les appels téléphoniques passés ou reçus par Patrick Mwewa peuvent contenir un brin de vérité. Le chapiteau dressé au camp Kokolo pour accueillir les audiences du tribunal militaire risque d’être trop petit lundi prochain.

Franck Baku

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