Kigali : un entrepôt transformé en prison

Pour désengorger les centres de détention du pays, le gouvernement rwandais a dû aménager, en 1997, une nouvelle prison à Kigali. C’est ainsi qu’a été établie dans un ancien entrepôt appartenant à la société Onatracom, la prison de Remera. Situé au bord de la route, au nord-est de la ville, le centre de détention de Remera est une grande concession dont les bâtiments de l’administration en briques adobes rouges sont séparés du quartier pénitentiaire par un mur de clôture de plus de quatre mètres. A l’intérieur, pas de construction en dur, mais plutôt un vaste terrain parsemé de baraquements bâchés (des tentes) marqués chacun d’un numéro en rouge. Il y a là en tout 86 « tentes communes », qui rappellent certains camps de réfugiés installés dans des pays en situation d’urgence humanitaire.
Mme Olive Mukangabarwa, directrice adjointe de la prison de Remera à Kigali (Ph. Franck Baku)

La prison de Remera comptait, le jour de notre visite, mardi 24 juin dernier, 5.189 pensionnaires, tous hommes. « Aucun compartiment n’a été aménagé ici pour accueillir des femmes », explique Mme Olive Mukangabarwa, directrice adjointe chargée de l’administration. Joviale, mais très autoritaire quand il s’agit de faire appliquer les règles strictes de sécurité (pas d’enregistrement sonore, pas de prise de vue, pas de téléphone…), Olive Mukangabarwa nous fait elle-même visiter la prison. Elle a parfois recourt, pour certaines précisions, aux « capita » ou « chefs de tentes communes » désignés par les prisonniers eux-mêmes pour assurer la discipline au sein de l’établissement pénitentiaire.

Sur ses 5.189 pensionnaires, la prison de Remera compte 3.180 accusés de génocide dont 2.324 condamnés ; 1964 détenus de droit commun dont 780 condamnés. La prison héberge également 47 prévenus « en transit ».

A l’intérieur de la prison, les détenus, à la tête rasée de près, n’arborent aucune tenue spéciale pouvant les distinguer les uns des autres. Les uniformes (rose pour les simples prévenus et orange pour les condamnés) sont portés obligatoirement pour les sorties en dehors de la prison, lors d’exécution de travaux d’intérêt général.

Les prisonniers ont droit à 5 à 10 minutes de visites trois fois par semaine, soit les lundi, mercredi et vendredi, en plus des visites éventuelles de leurs avocats. Une infirmerie permanente prend soin d’eux pour des cas bénins, tandis que les « cas sérieux » sont transférés vers des centres mieux équipés. La prison applique par ailleurs un programme de prise en charge contre le VIH/sida.

En attendant la fin des travaux de construction d’une cuisine moderne, la nourriture est préparée dans de grosses marmites par les prisonniers commis à cette tâche. D’autres s’occupent de la propreté, au point que la prison est plutôt dans un état acceptable. Pas d’eau stagnante, pas de bout de papier qui traîne… Une ombre tout de même au tableau : une odeur nauséabonde flotte, provenant sans doute des toilettes. Autre point négatif, la prison n’étant pas pavée, le sol se transforme en boue lors des pluies, ce qui peut être très gênant pour les pensionnaires, visiblement trop nombreux (Ils peuvent être une cinquantaine par tente) malgré un espace assez large. Génocidaires ou simples malfrats, les détenus ont toutefois la possibilité d’exercer de petits métiers à la prison (coiffure, cordonnerie…) et de confier leurs problèmes à Dieu. « Tous les cultes sont autorisés. Il y a même des aumôniers et des pasteurs », assure Mme Olive Mukangabarwa. Des prisonniers prient effectivement avec ferveur, peut-être en quête de la miséricorde divine.

Quelques jours après cette visite, nous avons appris que le gouvernement rwandais a décidé d’interdire, à partir du 1er juillet 2008, que les visiteurs apportent à manger aux prisonniers, estimant que la ration alimentaire servie dans les prisons est suffisante. « Les mouvements de va-et-vient de personnes portant à manger aux détenus empêchent les porteurs de vaquer à d’autres occupations », rapporte une dépêche de l’agence Hirondelle datée 26 juin 2008, citant la radio nationale rwandaise. Trois exceptions à cette règle : les femmes enceintes, allaitantes, ainsi que les malades auxquels un régime alimentaire particulier a été prescrit par un médecin reconnu par le gouvernement rwandais.

Selon la Ligue rwandaise pour la promotion et la défense des droits de l’homme (LIPRODHOR) citée par l’agence Hirondelle, les 14 prisons civiles rwandaises abritaient en février dernier une population carcérale totale de 59.590 personnes. Ce nombre inclut 3.572 femmes, dont certaines vivant avec des nourrissons dont le nombre s’élevait alors, selon la LIPRODHOR, à 375.

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