Monusco, FARDC, gouvernement : tous sont à blâmer

Mardi 20 novembre, Goma est tombé entre les mains du M23. Mercredi 21 novembre, c’est autour de Saké d’être pris par les mêmes rebelles selon le même mode opératoire : sans véritable combat. A Saké, la Monusco n’y était pas, du moins personne ne l’a dit. A Goma par contre, la Monusco était bien là pour assister, c’est le mot, à la débâcle des FARDC, et à la chute de la capitale du Nord-Kivu comme « un fruit mûr ». La Monusco, a dit son porte-parole, ne pouvait combattre alors que les FARDC avaient déserté leurs positions. C’est noté. Les éléments de la Monusco ne sont pas là pour faire le travail des FARDC. Si ces derniers sont incapables de protéger le pays et d’assurer son intégrité territoriale, les rebelles peuvent prendre tout le pays sans que la Monusco ne s’y oppose.
La France officielle, pas celle d’Hervé Ladsus, le secrétaire général adjoint de l’Onu chargé des opérations de maintien de la paix, a une autre lecture de la situation et évoque même la nécessité de booster le mandat de la Monusco pour le rendre plus conforme à la réalité de terrain. Tout cela est bien beau et bon, mais on constatera que tous les acteurs de ce drame sont à blâmer, pour ne pas dire plus, dans cette affaire. La Monusco, totalement inutile et inefficace malgré le milliard et demi de dollars dépensés chaque année pour son entretien ; les FARDC toujours aussi incapables de protéger le pays face aux ennemis et qui se spécialisent dans des replis sans fin face aux attaques ennemies; le gouvernement toujours aussi peu prévoyant et inefficace quand il s’agit de combattre les ennemis extérieurs. Bref, tous ceux qui pouvaient faire quelque chose pour que Goma ne tombe pas sont à blâmer. L’Onu avait même considéré que Goma était une « ligne rouge » à ne pas franchir. Le M23 et le Rwanda l’ont franchie.
Grand, mais petit
Les Congolais sont d’autant plus amers que la chute de Goma a révélé au grand jour la petitesse du grand Congo, qui devient ainsi l’objet de moquerie de la part de petits pays d’Afrique. Ces derniers ne comprennent pas comment avec ses 73 millions d’habitants et ses richesses tant convoitées, la RDC ne soit qu’un colosse aux pieds d’argile. Le pays est tellement faible que son armée avec ses 200.000 hommes est incapable de contenir ou de réduire à néant une rébellion de moins de 5000 hommes.
On pourra toujours dire que la rébellion n’est qu’un faire-valoir dans cette affaire et que derrière il y avait l’armée rwandaise avec un armement sophistiqué, sa logistique appropriée et ses stratèges, mais l’excuse ne tient pas. C’est depuis 16 ans que cela dure. Des opérations de mixage, de brassage, d’intégration n’ont pas permis au pays de se construire une armée républicaine, forte et dissuasive. Certes, quelques unités paradent parfois dans des villes pour réprimer des manifestations, mais c’est tout. A leur palmarès, aucune victoire sur des ennemis extérieurs. C’est triste et décevant.
Demain, on va sans doute en arriver à des accords politiques puisqu’aucune autre solution n’est envisageable. Ce sera l’éternel recommencement. Cette solution n’est nullement évitable tant le pays paraît faible, incapable de soutenir longtemps son point de vue et de le faire aboutir. Au bout, il y a toujours ces soutiens du Rwanda (USA et Grande Bretagne) pour trouver des excuses au régime de Kigali et qui en arrivent même à blâmer la RDC pour son soutien supposé aux forces négatives qui menaceraient le Rwanda. A part la France, la RDC ne peut donc compter sur aucun autre membre permanent du conseil de sécurité. La France peut naturellement proposer des résolutions pour condamner les rebelles, mais cela s’arrête là. Le Rwanda n’est jamais cité malgré la multitude des rapports sérieux qui l’incriminent dans des opérations de déstabilisation de la RDC.
A l’arrivée, on ne devrait pas compter sur l’ONU pour faire évoluer positivement la situation en RDC. Certes, le comité des sanctions va prendre des mesures contre les bonzes du M23, mais ce sera tout. Il n’y aura rien contre les soutiens du mouvement rebelle tapis au Rwanda et qui sont bien identifiés en commençant par James Kabarebe, ministre de la défense du Rwanda, épinglé intuitu persona dans plusieurs rapports des experts onusiens.
Ce constat ne confine qu’à la capitulation. Ce serait là malheureusement la meilleure manière de sauter à pieds joints dans le plan machiavélique de balkanisation de la RDC. Or, aucun Congolais n’envisage la perte de même un pouce du territoire national. Pendant que l’on s’oppose à ce plan, il faudra soit faire la guerre, soit négocier ou plutôt dialoguer. Il semble que l’on préfère dialoguer avec le Rwanda que négocier avec le M23. La nuance est importante. On se demande tout de même si le réalisme ne l’emportera pas sur l’ego du pouvoir en place, dans la mesure où le M23 agrandit son territoire sans rencontrer de résistance, du moins si l’on se fie aux dépêches d’agences de presse. « Les rebelles du M23 ont pris mercredi 21 novembre, vers 11 heures locales, le contrôle de la cité de Sake, à 30 Km à l’ouest de Goma, dans le Nord-Kivu, d’où l’armée congolaise s’était retirée pendant la nuit. Selon des témoins, les rebelles ont repoussé des combattants Maï-Maï au moment où ils arrivaient au niveau des collines surplombant la cité de Sake. Dans la cité, cependant, ils n’ont tiré aucun coup de feu, n’ayant rencontré aucune résistance », pouvait-on lire hier soir sur radiookapi.net. Cela n’augure rien de bon, d’autant plus que le mouvement rebelle recrute même déjà à Goma.
Franck Baku

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