Goma est pris. Et après ?

La ville de Goma est tombée entre les mains du M23. C’est la nouvelle la plus exécrable que les Congolais ont ingurgitée en début de matinée d’hier. La nouvelle n’est pas en soit surprenante au vu de l’état d’équipement de l’armée nationale, de la faiblesse de sa logistique qui la contraint à faire des replis successifs sur le théâtre des opérations. Malgré ces faiblesses, on avait espoir que la ville de Goma ne tomberait pas entre les mains du M23, en tout ca pas de sitôt. L’orgueil des Congolais reposait sur ce petit espoir. Espoir également que les casques bleus de la Monusco allaient utiliser leur artillerie et leurs hélicoptères pour protéger la ville. Ils l’avaient fait quelques jours auparavant. Mais on s’est rendu compte hier que l’on ne pouvait pas compter sur cette seule Monusco. Même l’aéroport que la force onusienne contrôlait avec les éléments de la Garde républicaine est tombé bien avant la chute d’autres sites de la capitale du Nord-Kivu.
Au jour d’aujourd’hui, ce ne sont plus les interrogations qui taraudent les esprits, mais bien l’angoisse de voir le pays ainsi céder face à des mutins, devenus ensuite rebelles pour n’être finalement que des envahisseurs agissant pour le compte du Rwanda. Kigali aura ainsi pris de vitesse les Congolais et la communauté internationale.
Toutes les condamnations entendues depuis près d’une semaine n’ont fait qu’attiser la rage de vaincre des rebelles ou mieux du Rwanda. Pendant que les autorités du pays paradaient à la télévision, eux exécutaient leur plan de conquête de nouveaux territoires. Ils ont compris que Kinshasa ne les prendrait pas au sérieux tant qu’ils n’auraient pas réalisé une grosse prise. Avec plus de 500.000 habitants – certains parlent même d’un million – Goma est une grande prise. Cette fois-ci le M23 a franchi le rubicond que Laurent Nkunda n’avait pu faire en 2009, ce qui lui avait valu la descente aux enfers, suivie d’une vraie-fausse arrestation. Tout donne à penser que le M23 ou ceux qui le manipulent ont décidé d’aller plus loin. On ne sait du reste pas pourquoi le président de la République s’est rendu dès hier à Kampala. Croit-il vraiment à une solution qui viendrait de la CIRGL ? Cela est possible, mais il sera contraint de négocier en position de faiblesse maintenant que le M23 détient une prise de choix. Hier, la RDC dialoguait avec le Rwanda pour éviter de négocier avec le M23. Demain, que fera-t-on ?
Lendemains incertains
La question mérite d’être posée car on ne sait pas où va s’arrêter le M23. Va-t-il chercher à prendre Saké ? Va-t-il pousser plus loin pour mettre en joue la ville de Bukavu ? S’il est exclu que la rébellion s’approche de Kisangani ou aille encore plus loin, que va-t-elle faire de sa victoire, la plus éclatante jusque là sur le plan territorial et en terme de symbole.
Hier encore le gouvernement réaffirmait qu’il ne négociera pas avec le M23 alors que ce dernier exigeait de négociations incluant l’opposition, la société civile et la diaspora. La question que l’on est en droit de se poser est de savoir ce que veut réellement le M23. S’agit-il de ses sempiternelles revendications sur l’application de certaines clauses de l’accord du 23 mars 2009 ou de bien plus que cela ? Personne ne le sait concrètement.
Pour faire diversion, le M23 a même repris le refrain entonné depuis des mois par une partie de l’opposition sur la recherche de la vérité des urnes. Traduction : il faut qu’on sache qui a effectivement gagné les élections de novembre 2011. Retraduction : Kabila a été mal élu. Et alors quoi ? Devra-t-on négocier un accord politique remettant en cause les institutions découlant des élections de 2011 ? Autant de questions qui ne garantissent rien de bon. On sait en effet où conduisent les accords politiques au Congo. C’est des transitions sans fin avec des équilibres politico-ethnico-géostratégiques difficiles à concilier avec à la clé une architecture institutionnelle inédite, genre 1+4.
Espérons que cette fois-ci, l’on ne cherche pas à éluder le vrai problème, celui de la constitution, enfin, d’une armée digne de ce nom, capable d’assurer l’intégrité du territoire national, nationale dans sa composition, républicaine dans sa finalité et dans son fonctionnement. Or, les opérations de brassage, mixage et intégration auxquelles on pourrait à nouveau assister à la suite de la conclusion d’un accord politique ne conduiront jamais à la constitution d’une armée aguerrie, bien équipée, moderne. A la place d’une vraie armée, on aboutira à de groupuscules, à des unités commandées par des officiers qui n’ont jamais été dans des académies militaires, juste sortis des brousses et trop attachés à leurs communautés respectives, qu’ils se donnent pour mission principale de protéger.
C’est ce genre d’armée désarticulée, sans âme, composée des unités quasi autonomes et d’officiers affairistes que voudrait imposer le Rwanda. Un Congo faible lui permet en effet de garder sa zone d’influence dans une région riche où l’or, le coltan et d’autres minerais stratégiques ne sont pas difficiles à trouver. Avec un Congo faible, des comptoirs d’achat installés au Rwanda pourraient continuer à faire des affaires même si le sous-sol du pays des mille collines ne contient aucun gramme de ces minerais tant convoités. Avec un Congo faible, les éléments des FDLR resteraient dans les campagnes congolaises, occupés à exploiter ces mêmes minerais et à violer les filles et femmes congolaises sans se soucier de faire la guerre au régime en place à Kigali. Au bout du compte, c’est Kagamé qui gagne sur tous les fronts.
Franck Baku

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