Le M23 lance sa guerre psychologique

Alors que le déploiement de la force dite internationale neutre n’est prévu, si tout va bien, qu’en décembre prochain, la guerre du Kivu est entrain d’être relancée. L’accalmie observée sur le front depuis près de deux mois ne saura tenir plus longtemps. Les rebelles du M23 ont même eu le temps de progresser. Plusieurs villages occupés jusque là par des Mai-Maî ou contrôlés par les FDLR sont passés sous leur contrôle.
Selon le site de radiookapi.net, les rebelles M 23 occupent depuis lundi dernier dans la matinée tous les villages situés sur l’axe Kiwanja-Ishasha, long de 60 kilomètres au Nord-Est du territoire de Rutshuru au Nord-Kivu. Les éléments du M23 seraient partis de Kiseguru, à 17 kilomètres au Nord-est de Kiwanja et ont progressivement occupé Katuiguru, Kisharo, Buramba et Nyamilima, avant d’arriver à Ishasha, tard dans la nuit. Cette progression se serait faite sans qu’un coup de feu ne soit tiré. Les FDLR leur ont même laissé la voie libre, confirmant ainsi la collusion entre ces deux forces négatives.
On rappelle qu’Ishasha est le troisième poste frontalier entre la RDC et l’Ouganda après Kasindi et Bunagana. Ce dernier poste réalise entre 500 et 700 mille dollars américains des recettes douanières mensuelles, d’après des sources de la Direction générale des douanes et accises (DGDA). Il est passé sous le contrôle des rebelles du M 23 début juillet dernier.
Pendant qu’il agrandit sa sphère d’influence avec la conquête de nouveaux espaces, le M23 menace de prendre la ville de Goma, située à une trentaine de km de sa base. « Si à Goma le commandant suprême ne maintient pas l’ordre sur son armée, nous allons sauver la population qui est en train d’être tuée par elle chaque jour », a déclaré le porte-parole du M23, le lieutenant-colonel Vianney Kazarama, selon une dépêche de l’agence Belga. Cette nième provocation du M23 sonne comme une fuite en avant après les accusations du ministre de l’Intérieur à la suite de nombreux cas d’assassinats enregistrés dans la ville de Goma depuis quelques semaines. Le ministre de l’Intérieur avait imputé la montée de la criminalité à Goma à la situation de guerre dans laquelle se trouve la RDC dans sa province du Nord-Kivu. On indique s’une vingtaine de suspects a déjà été arrêtée dans le cadre des attaques des derniers jours dans la ville de Goma, dont des civils et des soldats des Forces armées de la RDC (FARDC).
A ne pas négliger
Les déclarations du porte-parole militaire du M23 ne doivent pas être prises à la légère. La prise d’une ville d’aussi grande importance que Goma par les criminels du M23 serait un tournant dangereux dans la guerre qui sévit dans cette partie du pays depuis plus de cinq mois déjà. On rappelle que la force onusienne stationnée en RDC, la MONUSCO, a considérablement renforcé sa présence dans la ville de Goma afin d’empêche r que cette dernière ne tombe entre les mains des rebelles du M23. On rappelle également que les FARDC avaient, elles aussi, renforcé leurs positions dans cette ville, qui était visiblement ciblée par les rebelles il y a deux mois. Depuis, la pression était retombée. Les ministres de la défense des pays membres de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) avaient même recommandé au M23 de regagner ses anciennes positions du 30 juin 2012 sur les collines de Runyoni.
On attendra de connaître la réaction du gouvernement sur cette nouvelle menace qui pèse sur la ville de Goma, à moins que les déclarations deVianney Kazarama ne soient qu’une stratégie visant à éprouver psychologiquement les FARDC
On ne saurait tout de même être trop prudent en demandant au gouvernement de prendre au sérieux ce nouveau développement de la situation. Déjà que l’armée nationale a du mal à reprendre pied dans le petit territoire contrôlé par les rebelles actuellement, autant il sera difficile de reconquérir Goma si la métropole du Nord-Kivu venait par malheur à tomber entre les mains du mouvement rebelle soutenu par le Rwanda. Kigali est d’autant plus fondé à laisser pourrir la situation que ses incessantes dénégations sur son soutien pourtant avéré au M23 commencent à trouver échos à Washington. Pour preuve, les déclarations faites par Johnnie Carson, le plus haut responsable du département Afrique au département d’Etat américain lundi dernier. Pince sans rires, Johnnie Carson a non seulement estimé que le président Kabila avait une part de responsabilité dans la situation actuelle puisqu’il ne neutralise pas les forces négative sui attaqueraient selon lui le Rwanda, mais qu’en plus il a juste demandé au Rwanda de « dénoncer » le M23 qui « déstabilise » la RDC. On est tout de même loin de recommandations visant à obtenir du Rwanda de cesser tout soutien militaire et autre au M23.
D’un autre côté et même si on classe les déclarations de Kazarama sur le compte de la guerre psychologique, on ne peut s’empêcher de s’inquiéter de la faiblesse militaire du pays. Certes, l’armée est en construction, certes le Premier ministre a promis de doter le pays d’une armée forte et dissuasive, mais le temps ne joue pas pour le gouvernement. Comment des forces négatives parties de rien peuvent-elles se permettre de ridiculiser tout un pays aussi facilement ? Que fait-on entre-temps ? Pourquoi ne peut-on pas donner une fessée à ces rebelles du M23 qui s’autorisent à la barbe de l’armée nationale et des forces de la MONUSCO à occuper de nouveaux villages, accentuant ainsi leur emprise sur les populations congolaises. Cette situation est d’autant plus préoccupante que l’appétit, dit-on, vient en mangeant.
Si le M23 occupe de nouveaux villages sans avoir tiré le moindre coup de feu, quelle extravagance ne va-t-il pas s’autoriser demain. En laissant la situation en l’état sans que l’on cherche à déloger ce groupe rebelle des positions qu’il occupe, on court le risque de rendre encore plus difficile la solution politique envisagée. Plus le territoire qu’il occupe sera grand, plus grandes seront les revendications politiques du M23. Qui sait, demain, les rebelles pourront exiger la révision même de la Constitution pour qu’un poste de vice-président de la République ou de gouverneur du Nord-Kivu leur soit accordé. Un tel accord avalisé par la communauté dite internationale toujours complice pour ne pas dire complaisante puisqu’il faudrait « protéger » une certaine minorité ethnique devra être appliquée malgré le courroux des Congolais. Il sera trop tard pour crier au complot international ayant pour finalité la balkanisation de la RDC, dont on prédit le démembrement en petits Etats, et ceux situés dans l’Est du pays seraient contrôlés à partir de Kigali. C’est là une perspective qui peut prêter à sourire, mais tant que le pays ne disposera pas d’une armée à même de neutraliser les forces négatives, tout est possible. Les scénarii, même les plus saugrenus peuvent être envisagés le plus sérieusement du monde.
Franck Baku

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