Barack Obama à Accra : un discours de responsabilisation des Africains

Pas d’annonce spectaculaire, mais des mots justes pour amener les Africains à prendre leur destin en main. C’est ce que l’on peut retenir du discours du président Barack Obama samedi 11 juillet à Accra au Ghana. « L’avenir de l’Afrique appartient aux Africains. Les peuples d’Afrique sont prêts à revendiquer cet avenir. (…) Avec de puissantes institutions et une ferme volonté, je sais que les Africains peuvent réaliser leurs rêves à Nairobi et à Lagos, à Kigali et à Kinshasa, à Harare et ici même à Accra« , a déclaré le président Obama.
Pour sa première visite en Afrique, le premier président noir de l’histoire des Etats-Unis d’Amérique s’est donc voulu pédagogue. Le choix même porté sur le Ghana pour cette première rencontre avec le continent de son père est significatif. Au Ghana, l’alternance au pouvoir se fait par des voies démocratiques depuis de nombreuses années. La victoire d’un candidat de l’opposition à l’élection présidentielle n’y est pas considérée comme un miracle ni un crime de lèse-majesté. D’où sans doute la stabilité non seulement politique, mais également économique qu’affiche ce pays. Barack Obama à Accra, c’est un peu une prime à la démocratie qu’a voulu offrir le président américain à ce pays d’Afrique de l’Ouest.
Cette prime, le président américain ne l’a assorti d’aucune annonce fracassante. S’il a promis de continuer à financer à hauteur de 63 milliards de dollars, des programmes liés à la lutte contre le sida, la tuberculose, le paludisme et la poliomyélite notamment ou encore les 3,5 milliards de dollars pour l’aide à l’agriculture, Barack Obama s’est voulu réaliste. On peut le comprendre. Au moment où son pays essaie de sortir d’une crise économique on ne peut plus sérieuse, l’Amérique n’a pas beaucoup de marge de manœuvres. Le partenariat Amérique-Afrique, il veut le placer sous le signe du respect. « Je ne considère pas les pays et les peuples d’Afrique comme un monde à part ; je considère l’Afrique comme une partie fondamentale de notre monde interconnecté, comme un partenaire des États-Unis en faveur de l’avenir que nous souhaitons pour tous nos enfants. Ce partenariat doit se fonder sur la responsabilité mutuelle et sur le respect mutuel« , a dit le président Obama.
Il a exhorté les Africains à ne pas rejeter sur les autres, leurs propres échecs. « Il est vrai qu’une carte coloniale qui n’avait guère de sens a contribué à susciter des conflits, et l’Occident a souvent traité avec l’Afrique avec condescendance, à la quête de ressources plutôt qu’en partenaire. Cependant, l’Occident n’est pas responsable de la destruction de l’économie zimbabwéenne au cours des dix dernières années, ni des guerres où des enfants sont enrôlés comme soldats« , a-t-il souligné à ce sujet. Et d’ajouter: « le développement dépend de la bonne gouvernance. C’est l’ingrédient qui fait défaut dans beaucoup trop de pays depuis bien trop longtemps. C’est le changement qui peut déverrouiller les potentialités de l’Afrique. Enfin, c’est une responsabilité dont seuls les Africains peuvent s’acquitter« .
S’il a voulu éviter de donner des leçons, Barack Obama n’a pas moins donné quelques repères, qui sont autant de recommandations pour des dirigeants un peu sourds d’oreille. Cette phrase en dit long: « Les gouvernements qui respectent la volonté de leur peuple, qui gouvernent par le consentement et non par la coercition, sont plus prospères, plus stables et plus florissants que ceux qui ne le font pas. Il ne s’agit pas seulement d’organiser des élections – il faut voir ce qui se passe entre les scrutins. La répression revêt de nombreuses formes et trop de pays, même ceux qui tiennent des élections, sont en proie à des problèmes qui condamnent leur peuple à la pauvreté« , a-t-il dit.
Malgré la volonté de ne pas effaroucher certains, Barack Obama ne pouvait se taire devant tant de tripatouillage en matière d’élections. D’où cette phrase: « Ne vous y trompez pas : l’histoire est du côté de ces courageux Africains, et non dans le camp de ceux qui se servent de coups d’État ou qui modifient les constitutions pour rester au pouvoir. L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais de fortes institutions« . Des présidents comme Mamadou Tandja du Niger doivent se sentir mal dans leurs souliers. Eux, ne peuvent rien attendre des Etats-Unis. Par contre, les bons élèves auront droit à quelque chose. « Ce que fera l’Amérique, en revanche, ce sera d’accroître son aide aux personnes et aux institutions responsables, en mettant l’accent sur l’appui à la bonne gouvernance : aux parlements, qui maîtrisent les abus de pouvoir et s’assurent que les voix de l’opposition peuvent s’exprimer ; à la règle de droit, qui garantit l’égalité de tous devant la justice ; à la participation civile, afin que les jeunes soient actifs dans la vie politique ; et à des solutions concrètes à la corruption telles que l’expertise comptable, l’automatisation des services, le renforcement des lignes d’appel d’urgence, la protection de ceux qui dénoncent les abus afin de promouvoir la transparence, et la responsabilité« , a dit Barack Obama.
En somme, le discours du président Obama au Ghana, a été une sorte d’exhortation à la responsabilisation des Africains. En en peu moins de 35 minutes, il a saisi l’occasion de leur prodiguer de sages conseils, mais également leur faire des recommandations. Ce discours là ne restera sans doute pas dans les annales comme un discours historique, mais en ce moment où le monde industriel fait face à tant de problèmes économiques, le président de la première puissance du monde ne peut se permettre de faire plus qu’il n’en peut. L’ère d’une Amérique généreuse qui distribuait ses dollars en fonction du prisme Est-Ouest est révolue. L’Afrique a intérêt à se prendre en charge afin de gagner, par ses propres moyens, sa place au soleil.
Franck Baku

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Une Réponse

  1. Très intéressant! Merci!

    En effet, c’était un discours très intéressant, cette analyse tire toutefois des conclusions différentes des votres;

    http://www.unmondelibre.org/Akosah-Sarpong_Obama_Accra

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